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Europe
| Referendum TCE
2005
Avril
2005
> Un
« oui » de combat contre un « non » sans issue par
Christophe Madrolle, Marie Bouchez, Jean-Luc Bennahmias et
Sébastien Barles
La
campagne référendaire menée en France en vue de la
ratification du Traité constitutionnel européen (TCE) a
le mérite d’interroger les citoyens sur la construction
européenne et de participer enfin à une appropriation
collective de cette entité incontournable qu’est
l’Union européenne.
L’aventure
européenne a permis d’arrimer le Vieux Continent dans un
espace de paix et de prospérité et ce malgré ses
dérives productivistes.
Cette construction communautaire a depuis deux décennies connue
une dérive libérale qui tend à vouloir la diluer
dans une zone de libre-échange planétaire. Par les
politiques de déréglementation, de
dérégulation et d’harmonisation par le bas
qu’elle met en place, l’Union européenne met en
péril son existence même.
Toutefois,
nous restons en tant qu’écologistes, foncièrement
attachés à l’idéal européen et
à la naissance d’une Europe fédérale,
écologique et solidaire.
Nous savons aussi que cet accouchement sera laborieux et douloureux et
sommes convaincus de la nécessité de changements dans
cette construction européenne sans ignorer le fait que
l’Europe s’est nourrie de crises et s’est construite
ainsi.
Nous sommes conscients de l’instrumentalisation et de la
diabolisation de l’UE par les gouvernements européens pour
faire passer leur politique libérale.
L’UE sert en effet de paravent et d’alibi au manque de
courage et de responsabilité des pouvoirs nationaux
institués.
Nous regrettons enfin fortement que les partis politiques, les acteurs
sociaux (syndicats, associations, ONG) et les citoyens ne se soient pas
mobilisé davantage où n’aient pas été
associés lors du processus d’élaboration
constitutionnelle établi par la Convention.
Le TCE
présente sans conteste un progrès par rapport à
l’architecture institutionnelle actuelle.
Il offre tout d’abord une assise politique à l’Union
par ses deux premières parties, globalement positives, en
intégrant les grands objectifs communautaires et la Charte des
droits fondamentaux.
Il apporte une réponse au déficit démocratique de
l’Union en étendant les pouvoirs de codécision au
Parlement européen et en lui garantissant un pouvoir
d’investiture de la Commission.
Il innove sur le plan de la citoyenneté en instaurant un droit
d’initiative citoyenne via la pétition signée par
un million de ressortissants européens.
On peut déplorer l’intégration de la
troisième partie, compilation de ce qui est communément
appelé l’ « acquis communautaire » dans ce
TCE, et qui en reprenant l’ensemble des traités
antérieurs s’inscrit dans une généalogie
d’obédience libérale avérée.
Cependant, que l’on réponde « oui » ou «
non » le 29 mai n’y changera rien, l’héritage
des traités précédents s’appliquant quoi
qu’il en soit.
Ce traité est sans comparaison
mieux que le Traité de Nice qui, en sus de valider
l’acquis communautaire contenu dans la troisième partie du
TCE, entraîne une paralysie inévitable des
institutions par les mécanismes « abracadabrantesques
» de décision qu’il induit. C’est le
traité rêvé des souverainistes et nationalistes de
tout poil.
Enfin, l’argument redondant des partisans du non affirmant que ce
traité permettrait de « graver dans le marbre » le
libéralisme des politiques communautaires, il faut savoir que le
TCE, contrairement au traité de Nice, qui exige
l’unanimité pour toute révision, prévoit des
procédures de révision simplifiées adoptées
à la majorité qualifiée. Il conviendra de changer
le rapport de force politique au sein du Parlement
européen et des Etats membres pour amender le texte de ce
traité constitutionnel et rompre avec sa logique
libérale. C’est de notre responsabilité collective.
Il faut nous
arrêter maintenant sur l’absence de perspectives de sortie
de crise en cas de victoire du non au référendum national.
Comme nous l’avons dit en liminaire, il y a des moments où
les crises sont salutaires. La ratification du traité
d’Amsterdam peut à ce titre être
considérée comme l’erreur funeste du
gouvernement Jospin. En validant le pacte de stabilité et ses
critères drastiques, le gouvernement français s’est
privé de provoquer une crise qui, alors que
l’écrasante majorité des Quinze de
l’époque était des gouvernements
sociaux-démocrates, aurait pu trouver une issue
intéressante. Aujourd’hui le rapport de force politique
n’est plus le même et provoquer un échec du TCE nous
apparaît dangereux.
Il est vrai que la tentation est grande de profiter de l’occasion
pour exprimer un grand refus et un ras le bol de la politique
gouvernementale de casse sociale, de répression, de
mépris des périls écologiques et de
contre-réformes. Ce pouvoir, autiste aux cris du peuple, est
à combattre dans les urnes et dans la rue. Mais ne nous trompons
pas de combat.
Contrairement
à certains thuriféraires du oui, nous sommes
persuadés qu’une victoire du non en France ne provoquera
pas le chaos tant attendu ou craint selon de quel côté on
se place.
Cette victoire laissera un goût amer à ceux qui ont cru
pouvoir changer la donne en mettant un bulletin dans l’urne et en
récitant avec une abnégation de « moine-soldat
» pendant toute la campagne leur catéchisme
anti-libéral dont ce traité serait le parangon
fantasmatique.
Sans vouloir plaider le réalisme politique (« bon sens des
salauds » que stigmatisait Paul Valéry), il s’agit
de mettre en garde les citoyens sur la portée de leur vote.
Nous sommes d’ailleurs convaincus, qu’à
l’instar d’une célèbre phrase du
Guépard « Tout changer pour que rien ne change »,
certains alimentent par la surenchère la victoire du non.
La Commission et son Président par exemple n’ont-ils pas
intérêt à voir ce texte rejeté ? Pourquoi
Barroso a-t-il agité l’épouvantail de la directive
Bolkenstein en pleine campagne référendaire. Pourquoi
cherche t-il à cliver au sein de l’Union entre la Vieille
Europe (les quinze) et les nouveaux adhérents ouverts à
son ultra-libéralisme ? N’a-t-il pas intérêt
à parier sur un échec du TCE qui endiguerait les pouvoirs
de la Commission. Il pourrait alors espérer un retour vers des
relations inter-gouvernementales plus favorables et à la
Commission et aux dix nouveaux adhérents qui pèseraient
plus que dans le cadre plus parlementariste du TCE où ils se
retrouveraient noyés.
Il y a en effet fort à parier que la victoire du non nous
ramènera dans le champ quasi-exclusif de
l’intergouvernementalité.
C’est
ainsi que les vrais vainqueurs du référendum ne seront
malheureusement pas les anti-libéraux partisans d’une
« Alter-Europa » mais les souverainistes, ravis de revenir
à une Europe des Etats-Nations.
Cela signifie aussi qu’en votant « non » nous
redonnerions encore une fois à Chirac, comme le traité le
prévoit en cas de non ratification, la main pour
renégocier un nouveau traité avec nos partenaires
européens.
L’argument candide des chantres du non qui est de dire que le
peuple aura le pouvoir constituant est un leurre dangereux.
Nous pouvons douter en plus de la descente dans la rue le 30 mai de
millions de personnes pour réclamer « la constitution de
1793 et du pain » comme il y a deux siècles. La seule
réponse sera comme une autre fin de joli mois de mai le retour
à l’ordre établi et le pouvoir gaulliste (ou ce
qu’il en reste) aux commandes.
Certes, au-delà du gâchis européen que
représenterait un échec de ce TCE et sans vouloir jouer
les Cassandre, des soubresauts se dessineront dans le microcosme
politique et militant national. On peut douter que ceux-ci bouleversent
le paysage politique et participent de façon constructive
à la refondation de la gauche. Un joli lit douillet
dressé pour Sarkozy. Fabius à la place d’Hollande,
quel séisme politique ! Il faut aussi parier sur la renaissance
de « petits Ramullaud » à gauche de la gauche et sur
la relance de la création chimérique d’un «
pôle de radicalité » uni permettant aux mouvements
sociaux de trouver enfin un débouché politique.
Le peuple de
gauche se sentira une nouvelle fois floué de sa victoire et le
spectre du « grand soir et petit matin » sera reproduit.
Cependant, l’Europe continuera à appliquer son logiciel
libéral sans vergogne, à l’aune du traité de
Nice et sans qu’aucun contrôle citoyen ne puisse
l’endiguer.
D’autant que nous attendons toujours l’ébauche
d’une contre proposition de Constitution et d’alternatives
crédibles à ce projet en débat trouvant
l’assentiment de la majorité des acteurs sociaux
européens.
On ne peut que constater qu’il n’y a pas de perspectives de
sortie de crise. Nous n’avons rien contre l’aventure mais
il appartient aux politiques d’ouvrir le chemin.
Or, les
partisans du non ont les mains purs mais ils n’ont pas la main.
Il semble aussi fondamental de préparer dès
aujourd’hui l’après 29 Mai et la
réunification de la gauche autour de la construction d’une
Europe sociale, écologique et solidaire.
Si le oui
l’emporte, il conviendra de s’emparer de la pétition
d’initiative citoyenne en lançant des grandes
campagnes de mobilisation populaires européennes autour de nos
credo : «Pour une citoyenneté de résidence
européenne », « Pour de vrais services publics
européens », « Contre la brevetabilité du
vivant et les OGM, pour une agriculture européenne paysanne et
biologique »… Ce sera le point d’ancrage
d’une véritable Europe démocratique et citoyenne et
le fondement de la naissance d’une société civile
européenne.
Si le non l’emporte, retrouvons-nous pour exiger « une
autre Europe dans un autre monde » et travaillons ensemble aux
alternatives à l’Europe libérale en tissant des
liens avec l’ensemble des acteurs sociaux européens
(syndicats, ONG, associations) pour créer un réel
contre-pouvoir, en mettant la construction européenne, la
citoyenneté européenne et l’émergence
d’une harmonisation sociale et fiscale à
l’échelle continentale au centre des prochaines campagnes
électorales.
Notre OUI
n’est pas un blanc-seing à la construction
européenne actuelle mais un OUI de combat cherchant dans cet
outil qu’est le TCE des moyens pour qu’une autre Europe
soit possible.
Une Europe, rêve d’avenir partagé, sociale,
écologique, solidaire, fédérale,
démocratique et pacifique.
Nous n’abandonnerons jamais l’espoir.
- Sébastien Barles (enseignant-chercheur à
l’Institut d’études européennes,
Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, secrétaire
général du groupe des Verts au Conseil régional
Provence-Alpes-Côte d’Azur)
- Jean-Luc Bennahmias (député européen,
Verts, Président du groupe Verts au Conseil régional
Provence – Alpes- Côte d’Azur)
- Marie Bouchez (Conseillère régionale en
Provence-Alpes-Côte d’Azur, Les Verts)
- Christophe Madrolle (conseiller de Marseille, Les Verts)
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