 |
|
|
|
|
Europe
| Référendum
Traité Constitutionnel Européen - 2005
Texte publié dans le quotidien
"Libération", le 27 septembre 2004
> Le traité de
Constitution, imparfait, est
indispensable avant
d'envisager l'étape suivante : Des Verts pour un
oui européen
Lors de
la dernière campagne pour les élections européennes,
les Verts européens ont été les seuls à
mener campagne au niveau européen. Manifeste commun, campagne de communication unique,
réunions publiques
associant des orateurs venus de l'Europe entière... les Verts
français se sont largement immergés dans la dynamique
proposée par le jeune
Parti vert européen.
En France, les formations
politiques, à commencer par l'UMP et le PS, ont mené une campagne avant tout
nationale, non seulement parce
que leurs divergences avec leurs
homologues européens sont bien trop fortes pour qu'ils puissent mener une campagne
commune, mais surtout parce
qu'ils ne cessent, depuis des
décennies, d'instrumentaliser l'Europe au profit de leurs polémiques internes.
Il risque
hélas d'en aller de même demain pour le traité établissant une
Constitution pour l'Europe
(TCE). Chirac privilégie le référendum pour embarrasser Sarkozy à la
tête de l'UMP d'une part,
et le Parti socialiste divisé d'autre part. Et le PS se divise lui-même entre ceux
qui sont pour le
traité, mais ne savent pas ce qu'ils feront voter au référendum pour ne pas
avantager Chirac (!) et ceux
qui sont contre le traité, souvent par tactique interne à leur propre
organisation, et disent que le
texte est insuffisant, alors
qu'eux-mêmes ont fait voter les mauvais traités de Maastricht, Amsterdam et Nice lorsqu'ils
étaient au pouvoir !
Oui,
décidément, l'Europe mérite mieux que quelques
stratégies politiciennes nationales. Un traité
européen mérite une position européenne.
C'est pourquoi les Verts français se prononcent en faveur d'un
référendum européen vert pour adopter une position commune à l'ensemble
du Parti vert européen.
C'est pourquoi les Verts continuent de demander qu'un référendum
européen soit organisé dans les 25 pays, selon des
modalités communes,
afin de ratifier ce traité.
Mais, parti
politique profondément européen, nous ne pouvons nous contenter de
définir des règles du jeu pour l'adoption du traité : il
nous faut prendre position,
dire quel est aujourd'hui notre
sentiment et contribuer ainsi au nécessaire débat sans lequel les gouvernements
organiseront en coulisse notre
sort commun.
Rédigé
pour la première fois par une convention associant
parlementaires européens, nationaux et membres des
gouvernements, ce traité est très loin du
traité européen idéal pour les Verts.
Encore très loin du
fédéralisme, laissant toujours trop de place aux Etats nationaux, et surtout entérinant nombre de politiques
actuelles de l'UE
productivistes et libérales, ce traité est indéniablement insuffisant.
Pour toutes ces raisons, il
est légitime d'hésiter à l'entériner et nous comprenons que nombre de
militants, d'ONG, et de
citoyens critiquent ce texte et manquent d'enthousiasme.
Mais ce traité
comporte aussi des avancées notables
: il renforce la codécision, il crée le droit d'initiative citoyenne, il
introduit des avancées
sociales suffisamment importantes pour que la Confédération
européenne des syndicats le soutienne, il ouvre les débats des
Conseils aux citoyens et
à leurs représentants, il institue une charte européenne des droits
fondamentaux encore
incomplète, en un mot il franchit une nouvelle étape dans la construction
européenne, dans cette
démarche longue et chaotique qui la caractérise, mais qui progressivement construit un
possible espace de paix et de
liberté.
Faut-il, comme le
proposent certains, rejeter ce texte parce que «la mariée
ne serait pas assez belle» ? Nous ne le croyons pas.
Car on ne nous propose pas de
choisir entre ce traité imparfait
et notre
traité idéal, mais entre ce traité imparfait
et le statu quo qui risque d'entraîner les peuples d'Europe dans la voie morbide
de la régression
nationaliste.
Ne nous y trompons pas : si ce
traité était rejeté, c'est le traité de Nice qui continuerait de s'appliquer, avec
tous les défauts que
l'on peut trouver au TCE, sans ses qualités.
Rejeter le TCE n'abolira pas le
libéralisme, ne supprimera pas l'unanimité en matière économique et
fiscale, ne verra pas
émerger ex nihilo une Europe sociale, environnementale et démocratique.
Bien au contraire !
Il en va de
même de l'argument sur
l'irréversibilité prétendue du traité.
Certes, sa révision
sera difficile... mais tout autant que les traités passés et que
le statu quo du traité
de Nice qui exige aussi l'unanimité pour être dépassé.
Et, même de ce point de vue, le TCE offre des améliorations en facilitant
légèrement la
révision. Mais le plus important est surtout qu'en démocratie, et l'histoire de la
construction européenne
est là pour le prouver, rien n'est irréversible. Et cela, aucune
formule de juriste ne pourra
le changer.
On nous dit
que d'une potentielle crise découlant du rejet du texte pourrait émerger
le salut ! Qui peut le croire
? Même avec la forte poussée à gauche qu'ont connue la France et
l'Espagne ces derniers mois,
c'est un Parlement européen résolument à droite qui a
émergé des
dernières
élections. C'est cette assemblée, ce sont les peuples qui l'ont élue, qui
déciderait tout à coup d'instituer une Europe socialiste et
écologiste ?
Les choses
sont claires : si le TCE était rejeté, ce ne serait ni la
victoire des progressistes, ni la
victoire de l'Europe. Ce serait la victoire des eurosceptiques et des
nationalistes, un retour certain en arrière de l'Europe, et un
renfort décisif à l'hégémonisme
américain
sur la géopolitique mondiale.
Face à
l'Histoire en train de se dérouler, moins de dix ans après une terrible
guerre et un terrible
nettoyage ethnique sur le sol même de l'Europe faute d'une diplomatie et d'une régulation européenne,
après le 11 septembre et la guerre d'Irak, conséquence des
velléités hégémoniques
américaines qui ont mis en
évidence plus que
jamais la faiblesse politique de l'Europe, et face aux enjeux
environnementaux globaux
dramatiquement urgents qui nécessitent une volonté politique ferme dans les
plus brefs délais, nous
ne pouvons nous permettre une crise européenne qui conduirait à
une re-balkanisation de notre
continent, qui renverrait les plus atlantistes dans les bras des Etats-Unis
et chacun à ses
égoïsmes nationaux, bien loin des
décisions
multilatérales qu'appellent la crise écologique, les injustices sociales profondes de nos
sociétés et les
inégalités planétaires.
La
maîtrise des deux mondialisations, celle de l'économie et celle des enjeux
écologiques, rend
nécessaire la construction au plan mondial d'une régulation politique et
économique, seule façon de réduire la violence et
d'accroître la justice
sociale. Or, l'Europe constitue le premier espace où s'élaborent, certes
insuffisamment, des règles dont le but est de construire un
développement durable
accessible à tous au plan mondial.
Convaincus
qu'on ne peut aujourd'hui penser le monde sans réussir l'Europe, nous
estimons donc que l'adoption
du TCE est une étape indispensable pour civiliser les relations
internationales au-delà
des Etats. Un pas qui, s'il est réussi, donnera encore plus de courage pour les
indispensables
suivants.
Parce que la
responsabilité des Verts en matière européenne dépasse depuis
longtemps notre poids électoral,
c'est un choix de conviction, un choix politique que nous devons faire : dire un
oui européen au TCE.
Mais ce oui ne doit être ni passif ni résigné. Nous
militons pour un oui combatif
et exigeant, un oui qui ne soit pas qu'un avis sur le TCE, mais aussi un acte
symbolique fort porté
par les peuples d'Europe et appelant à la construction d'une Europe plus
intégrée.
C'est pourquoi celles et ceux qui soutiennent cette orientation s'engagent à ne
pas en rester là. Sans
attendre la ratification du texte, nous engageons le Parti vert européen
à lancer dès
maintenant la bagarre pour l'étape suivante : l'approfondissement de la construction
d'une Europe des
régions encore plus démocratique et fédérale, plus solidaire,
plus écologique, en
s'appuyant dès maintenant sur les nouveaux mécanismes d'initiative citoyenne
pour mener les grands combats
pour la sortie du nucléaire, la citoyenneté de résidence
européenne, les droits
sociaux, etc. Un enjeu majeur pour notre génération, et plus encore
pour les
générations
futures.
Ce texte a déjà
été signé par plus de 150 responsables verts dont : Maryse Arditi, Marie-Hélène
Aubert, Danielle Auroi, denis
baupin, Jean-Luc Bennahmias, Yves Cochet, Mireille Ferri, Christophe
Girard, Guy Hascoët,
Pénélope Komites, Jean-Michel Marchand, Anne Souyris, Dominique Voynet, Yann
Wehrling...
|
|
|
|
En savoir plus...
> sommaire de la rubrique
Participer...
Projets, remarques,
critiques, suggestions, idées, questions... N'hésitez pas
à nous en faire part !
> infos@lesverts05.org
Le site national
des Verts
> www.les-verts.org
|