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Europe | Referendum TCE 2005

Paris, le 6 avril 2005
> Les Verts sont pour un OUI européen solidaire :
Texte de l'intervention de Marie Blandin au Sénat (séance du mercredi 6 avril 2005)


Pour que tous les européens se prononcent sur le texte du Traité, les Verts avaient souhaité une consultation transnationale, à l’initiative des institutions communautaires.

Il s’agissait de donner d’emblée une visibilité à l’ampleur de l’enjeu, à la dimension territoriale du débat, et d’éviter la juxtaposition de messages nationaux, très dépendants de chaque opinion publique envers son gouvernement du moment.

Cela n’a pas été possible, et nous voici face au mécontentement majoritaire des français face au sort qui leur est fait :

  • mécontentement aggravé car le message des régionales n’a pas été entendu par le gouvernement.
  • mécontentement enraciné et mal dirigé car, depuis des décennies, certains font passer pour « choix des technocrates de Bruxelles » leurs mauvais coups élaborés par les multinationales, et relayés par les politiques ultra-libéraux.
  • mécontentement durable car vous avez oublié cyniquement le large front républicain de 2001, embrayant sur un train de réformes funestes.


Pour autant, c’est contre ce gouvernement, ses choix destructeurs pour la solidarité et la nature que nous luttons, et sûrement pas contre le cadre européen où s’expriment des exigences plus protectrices.


Les Verts sont pour un OUI européen solidaire.

Certes, ce Traité ne définit pas l’Europe de nos rêves … mais il ouvre un espace élargi, pacifié au plan diplomatique pour la construire, un espace à ensemencer et à cultiver pour mener vers un mieux disant social et environnemental, dans la démocratie et la transparence.

Nous venons de loin : la construction européenne n’a-t-elle pas commencé par l’union monétaire et économique ? par une Commission cooptée par les Chefs d’Etat, peu soucieuse de l’avis du Parlement ? par des travaux du Conseil à huis clos ? N’a-t-elle pas été rythmée par des traités écrits et validés sans la participation des représentants des peuples ?

Ce n’est pas au moment où tout cela peut changer qu’il faut freiner !

L’élaboration s’est faite avec les parlementaires.

Il y aura codécision du Conseil et du Parlement. Celui-ci gagne 27 nouveaux domaines de compétence, dont l’agriculture.

Les droits s’affirment, et la Charte, tout en favorisant les mieux-disants nationaux, rend contraignantes les exigences minimales :

Il en va de l’égalité hommes/femmes, de la limitation du dumping social, du droit des minorités, de la démocratie participative, du développement durable, du droit du travail, du droit des personnes expulsées.

En matière de Culture, nos modes de soutien à la création sont préservés : « pas d’harmonisation législative et culturelle » dit le Traité. Et s’il y avait risque « d’atteinte à la diversité culturelle et linguistique de l’Union » un vote à l’unanimité serait requis.

Ce que nous défendons ici avec force : l’aide à la création, à la diffusion et l’emploi artistique est davantage menacé par des choix nationaux que par des obligations qui s’imposeraient à la France.

Reste le marché et son cortège de gains de productivité à coup de renoncements sociaux et environnementaux : la route est encore longue pour que la solidarité et le respect des milieux naturels garantissent à chacun la santé, l’épanouissement, et le droit de gagner dignement sa vie. Mais du chemin a été parcouru : ceux qui brandissent les seules « règles de la concurrence » omettent de dire qu’elles régissaient déjà les échanges hier et que le travail des militants et élus a ajouté « dans la mesure où l’application de ces dispositions ne fait pas échec à l’accomplissement de la mission particulière qui leur a été impartie ».

On peut vouloir revenir au texte précédent, je ne suis pas certaine que les missions et les salariés d’EDF, de La Poste ou de France Télécom s’en sortent gagnants !

En matière d’environnement, les Directives européennes sont plus fiables que les discours du Président Chirac. D’ailleurs, des poursuites nous menacent pour non-respect des arrêts de la Cour européenne de justice sur 6 affaires : préservation de la nature, accès à l’information, protection de l’eau, gestion des déchets et micro-organismes génétiquement modifiés !

Pour les consommateurs, il y a plus de protection possible dans une Europe où le Parlement veille, que dans celle d’hier où le Président français enraye le programme REACH cédant aux intérêts de la chimie.

Où est la menace libérale pour les travailleurs : dans une Europe qui exige pour le démontage des matériaux amiantés, la surveillance de l’exposition, les pauses intermédiaires en démontage, l’apprentissage de la décontamination, la surveillance et la conservation des dossiers médicaux pendant 40 ans, ou en France qui n’exige aucune qualification des entreprises d’enlèvement des matériaux à fibres captives ?

Mais sert-il vraiment d’argumenter rationnellement ?

Le NON n’est-il pas devenu le porte voix de la colère contre le gouvernement et les méfaits de la spéculation mondiale ?

Et le Traité, le bouc émissaire d’une population malmenée ?

 
Je laisse de côté certains porteurs du NON, enkystés dans le souverainisme d’un autre âge ou le nationalisme revanchard qui désignait déjà, à l’époque, Jean Jaurès comme l’ennemi de la France, avant de sauter dans les bras de tous les reniements belliqueux.

Je laisse aussi le NON du repli et du conflit, alors que la majorité des européens appellent au dépassement des égoïsmes nationaux, seule voie vers une paix durable

J’alerte sur un NON qui se trompe de cible, un NON qui déconstruirait des outils qui peuvent nous protéger, faire pièce au libéralisme mondial débridé, pour peu que l’on y travaille, un NON qui plairait à Bush et dédouanerait Blair de sa responsabilité.

Ne cédons à aucune simplification : le OUI n’est heureusement pas la sanctification d’un projet européen de société libérale.

Et enlevons les illusions : le NON ne portera pas un arrêt fatal à la casse des acquis sociaux.

En revanche, un travail militant sur les textes à venir nécessite que soit voté le Traité qui rend pouvoir au Parlement. Des Députés Verts y travaillent. Ce sont eux, seuls, qui ont demandé :

  • Le retrait de la Directive « Services » au profit de « Services d’intérêt général ».
  • Une évaluation d’impact global sur les conséquences économiques, sociales et environnementales.
  • Le vote par appel nominal sur le paragraphe 6 écrit par la Droite (celui qui lie l’ouverture du marché des services à la croissance et l’emploi). L’appel nominal eut pour effet la mise en minorité des promoteurs et le retrait du paragraphe 6 !


En hommage au travail pugnace et assidu de nos Députés européens Verts, nous souhaitons leur garantir de plus grandes marges de manœuvre : le Traité le permettra.

Je terminerai en citant un grand auteur français, qui s’étonnait de l’embrasement de l’opinion pour une mauvaise cause :

« Dans les affreux jours de trouble que nous traversons, au moment où la conscience publique paraît s’obscurcir, c’est à toi que je m’adresse, France, à la nation, à la patrie.

Chaque matin en lisant dans les journaux ce que tu sembles penser (…) ma stupeur grandit, ma raison se révolte davantage.

Et quoi ? France, c’est toi qui en es là, à te faire une conviction des plus évidents mensonges, à t’affoler sous l’imbécile prétexte que l’on insulte ton avenir, lorsque le désir des plus sages, des plus loyaux de tes enfants, est au contraire que tu restes, aux yeux de l’Europe attentive, la nation d’humanité de vérité, de justice.

Et c’est vrai, la grande masse en est là, surtout la masse des petits et des humbles, le peuple des villes, presque toute la province et toutes les campagnes, cette majorité considérable de ceux qui acceptent l’opinion des journaux ou des voisins, qui n’ont le moyen ni de se documenter, ni de réfléchir.

Que s’est-il donc passé ? Comment ton peuple, France, un peuple de bon cœur et de bon sens, a-t-il pu en venir à cette férocité de la peur … ? ».

Ce texte est de Zola, feuillet moins connu, publié la veille de « J’accuse ». En voici l’original, l’Europe « attentive » y figurait déjà. Je n’ai modifié qu’un mot, c’est « armée » qui ne convient qu’à l’affaire de 1898.

Ni les acteurs, ni la gravité, ni les conséquences ne sont ceux de notre débat. Et pourtant, nous, tenants d’un OUI de lutte et de Gauche n’avons-nous pas un devoir d’alerte pour préserver la construction européenne ?

 

 

 

 

 

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