|
Dossiers | Transports
> Gap, le 10/12/02
Transports et aménagement
des territoires :
(1) Trop sérieux pour être laissé aux seuls
transporteurs
Depuis le temps des colporteurs,
les Alpes sont au centre des échanges commerciaux européens.
Au XVIIIe siècle, alors que les denrées lourdes
sont transportées par la mer, les marchandises précieuses
sont portées à dos de mulet, à travers les
routes alpines.
Si les questions de cheminements,
percées, droits de passages ont toujours fait partie de
notre histoire alpine, quand les camions à moteur remplacent
les caravanes animales, les problèmes changent d'échelle...
Depuis 1970 - et particulièrement
depuis l'ouverture des frontières dans l'Union Européenne
en 1992 - l'augmentation des transports de marchandises s'effectue
à un rythme vertigineux. Le trafic routier se taille la
part du lion : 80 % des marchandises transportées !
En 1970, 6 milliards de tonnes
étaient transportées par le rail à travers
les Alpes, 2 milliards par la route. 18 ans plus tard, le rail
transporte 10 milliards de tonnes et les camions convoient 36
milliards de tonnes.
La logique économique
ultra-libérale qui prédomine aujourd'hui conduit
inéluctablement à cette augmentation quasi-exponentielle
et sans fin de la "course aux armements" dans le domaine
des transports.
Les entreprises favorisent les
grosses unités de production qui permettent des économies
d'échelle. Elles cherchent les coûts de main d'uvre
les plus bas, d'où des implantations en Europe de l'Est
: le salaire moyen annuel en Pologne est de 600 euros et en Roumanie
de 95 euros. Le principe des flux tendus minimise les stocks
dans les entrepôts : ils sont dans les camions, et l'on
parle maintenant de "stocks roulants" !
Le coût du transport est
extrêmement bas : en coûts constants, les carburants
sont moins chers que dans les années 80. Les conditions
de travail particulièrement dures et précaires
pour les salariés de la route et les petits transporteurs.
Cette politique économiste
à court terme du transport routier de marchandises a un
coût collectif dramatique : l'union Européenne -
à travers la parution en 2001 du "livre blanc des
transports" - a tiré la sonnette d'alarme en annonçant
: " l'Union Européenne est menacée d'apoplexie
au centre et de paralysie aux extrémités ".
On assiste à des aberrations
totales, telles que des pommes de terre récoltées
en Hollande, transportées en Italie, via les Alpes, pour
y être lavées, épluchées puis ramenées
en Hollande une fois propres... Ou des crevettes danoises acheminées
via les Pyrénées au Maroc, où elles sont
décortiquées puis renvoyées au Danemark
pour commercialisation
On pourrait aussi citer tous
ces camions qui transportent d'un bout à l'autre de l'Europe
des emballages qui emballent eux-mêmes des emballages lesquels,
inutiles au consommateur, finiront immanquablement dans des conteneurs
à ordures qu'il faudra ensuite collecter par camions...
De l'art de fabriquer des profits financiers et des flux de camions
avec de l'inutile !
> La suite...
|