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Dossiers | Transports

> Contribution - 20/10/2005
LGS/A51 : Intervention de clôture du débat public, par Eric Brucker, co-président de Fare-Sud...


Jeudi dernier, certains d’entre nous, dont M. le Maire de Gap et plusieurs partisans farouches de l’autoroute dans les Hautes Alpes depuis presque trente ans, avons entendu au colloque de Chambéry sur le trafic transalpin, M. Jacques Barrot, président de la Commission transports de l’Union Européenne nous redire, après quelques ministres et autres intervenants de haut niveau , que nous sommes en train de changer d’époque, et que les européens vont devoir changer leurs habitudes et leurs comportements. 

La nouvelle ère c’est la fin du pétrole bon marché et la prépondérance des problèmes de santé et d’environnement.
L’ère du tout routier et du rail réduit au seul TGV c’est le passé. M. Barrot résume par cette phrase lapidaire : « le rééquilibrage modal s’avère être non pas une simple priorité parmi d’autres, mais bien un passage obligé. »

Les Alpes du Sud ont la chance de devoir prendre une décision engageant l’avenir de son infrastructure pour un demi-siècle dans ce contexte. Or notre massif dispose à cet égard d’atouts exceptionnels  par son environnement unique préservé .
 
Choisirons-nous le passé, alors que déjà les tendances récentes du trafic rendent totalement irréalistes, pour ne pas dire tronquées, les prévisions sur lesquelles on veut nous faire poursuivre les vieux rêves d’un maillage autoroutier sans fin, de « tronçon manquant » en « tronçon manquant »,

Ou choisirons-nous l’avenir, le développement d’un intermodal intelligent en privilégiant systématiquement le rail pour les transports terrestres à longue distance, massifiés et réguliers et en cantonnant la route aux déplacements sur courte distance, isolés et non programmables, pour lesquels elle sera toujours irremplaçable, ce qui justifie pleinement toutes les recherches sur les moteurs dits propres.

Tel est l’enjeu.

Ce qui est certain c’est que nous n’aurons pas les deux, l’autoroute plus un ferroviaire performant.

Nous n’aurons pas à la fois, contrairement aux rêves de certains, l’autoroute permettant aux touristes de gagner un quart d’heure vers leur station préférée, et aussi le tunnel du Montgenèvre qui permettrait à près d’un million de voyageurs de passer par Briançon.

L’étude SODETEG/GEODE de Novembre 2000 résumée sur le site internet de la Chambre de Commerce de Marseille avance le chiffre de 850.000, ce qui représente cinq fois la population des Hautes-Alpes..

Donc la logique voudrait que l’on commence rapidement les travaux du tunnel sous le Montgenèvre, tout en faisant, sur l’ensemble du territoire les aménagements routiers nécessaires à une la sécurité et à la fluidité du trafic existant.

Il sera toujours temps de faire une autoroute si dans vingt ans on a trouvé le carburant miracle, propre-abondant et bon marché qui conduirait à un nouveau boom du trafic routier, lequel s’entête à stagner à moins de 8.000 v/j au niveau des limites entre le 38 et le 05 malgré la forte volonté manifestée par la DRE, depuis deux ans seulement, de les booster à un niveau moins éloigné des 30 à 40.000 v/j qui commencent à pouvoir justifier économiquement une autoroute.

Plus aucune collectivité n’a les moyens de jeter l’argent par les fenêtres. Le surendettement institutionnel est quasi général !

Or si l’Europe veut clairement donner la priorité au ferroviaire il s’avère malheureusement que le tunnel du Montgenèvre fut totalement exclu de ce colloque international de Chambéry du 13 Octobre 2005 de même d’ailleurs qu’il fut totalement exclu du débat sur la LGV PACA qui vient de s’achever.

Dans les deux cas certains intervenants dans la salle ont tenté de soulever la chape de plomb mais le silence persista dans les synthèses finales.

Pourtant, une des vénérables institutions de défense de notre économie régionale, la CCI de Marseille, résume très bien sur son site internet toutes les études déjà effectuées, et rappelle la détermination moult fois affirmée de tous les acteurs publics concernés. Elle précise même les coûts, inférieurs à ce qu’avance la DDE, de seulement 1 milliard d’euros  pour le tunnel de base  et 600 millions d’euros  pour la mise à niveau et l’électrification de Briançon au Bas-Rhône.

Quant à la dernière phase du projet ferroviaire Marseille-Turin, l’aménagement du port de Fos jusqu’à Meyrargues, elle est devenue vitale pour le projet Iter.

En effet, comme vient de le rappeler M. le Prefet Frémont  «  la question des infrastructures de transport est une question centrale pour ce projet. La construction du réacteur nécessite notamment la mise en place d'une voie spéciale pour transporter, depuis Fos et l'étang de Berre jusqu'au chantier, des pièces de 50 mètres de long pouvant peser jusqu'à 600 tonnes. »

La CCI  insiste aussi sur la pertinence et la cohérence du phasage et précise pour terminer que, pour le tunnel, la France n’aurait à payer que 500 millions d’euros  ce qui conduirait à un coût budgétaire annuel pour chaque participant de moins de 20 millions d’euros.

Ainsi est confirmé ce que nous affirmons depuis le début de ce débat à savoir que, pour le prix de l’autoroute, nous pourrions avoir l’aménagement routier  nécessaire soit 600 millions et le tunnel pour 1 milliard.

La part française n’étant que de 500 millions, ce sont même de 700 millions à 1, 2 milliards d’euros qui restent en solde ! De quoi financer une bonne marge d’erreur, une bonne partie de l’aménagement ferroviaire nécessaire en aval du tunnel , et plusieurs centaines de kilomètres d’investissements de sécurité et de fluidité sur l’ensemble du réseau routier !

Mais pourquoi donc alors cette mise hors-jeu du tunnel du Montgenèvre ?

Là encore ce colloque de Chambéry fut très éclairant : En effet un graphique projeté, aussi simple qu’éloquent, nous montra que le trafic des PL dans le sens Nord-Sud  n’augmente plus . Il décroit même légèrement depuis le pic de 4.517.000 PL/an atteint en l’an 2000, d’après les statistiques de l’ Union Européenne.

Par contre le trafic Est-Ouest par Vintimille poursuit une ascension constante et rejoint pratiquement déjà le total du trafic au Mont-Blanc et au Fréjus, soit 1,6 millions de poids lourds par an.

Il en résulte clairement, sans discours inutiles, qu’à l’horizon 2030, sauf un renversement de tendance que rien actuellement ne laisse prévoir,  les grands tunnels ferroviaires alpins suisses et autrichiens seront en forte concurrence avec le Lyon-Turin, notamment le Lotschberg et le Saint-Gothard.

Pour essayer de garantir une bonne rentabilité au Lyon-Turin, rentabilité indispensable pour trouver les financements très importants nécessaires, il devient donc logique de capter au profit du Lyon-Turin tout le trafic Est-Ouest, de Lisbonne à Bucarest pour reprendre le slogan du colloque de Chambéry..
Or ce trafic est quasi exclusivement un trafic routier passant par Vintimille.

Le Montgenèvre devient donc maintenant plus un petit concurrent à évincer discrètement que le complément qu’il deviendra peut-être…dans cinquante ans ! 

Certes cet enterrement silencieux du  Montgenèvre par une autre logique est très fâcheux pour le tourisme haut-alpin qui abandonnerait ainsi aux Savoies le privilège d’avoir des rames TGV au coeur de leurs massifs,  à Bourg Saint Maurice et Saint Gervais.
 
Cet enterrement du Montgenèvre est également fâcheux pour tout plan de relance du réseau ferroviaire régional, car bien évidemment un réseau en cul de sac intéresse beaucoup moins de monde qu’un réseau déverrouillé par un tunnel international.

Cet enterrement du Montgenèvre serait également fâcheux pour la Vallée du Rhône puisque le transit Espagne-Italie devrait remonter jusqu’à la plateforme intermodale d’Ambérieux.

Mais cet enterrement du Montgenèvre deviendrait encore plus fâcheux si, malgré tout, le projet Lyon-Turin n’aboutit pas, pour des raisons trivialement financières, ou même d’ailleurs s’il n’aboutit que dans trente ans alors que le Montgenèvre est réalisable en moins de dix ans.

Car aucun homme politique ne peut décréter l’arrêt du trafic transalpin.

Si le trafic routier par Vintimille (qui est déjà de l’ordre de 1,6 millions de PL par an) devient trop explosif, il faudra un exutoire, et cet exutoire naturel sera bien évidemment le Val de Durance, par autoroute jusqu’à la Bâtie Neuve, puis par une quasi-autoroute sur le dernier « tronçon manquant » de 100 km pour mailler avec le réseau autoroutier italien.

Certes la Convention Alpine ne prévoit pas la possibilité d’une mise à deux fois deux voies du col du Montgenèvre, et tous les hommes politiques jureront la main sur le cœur qu’il n’en est pas question.

Mais que vaut une Convention Alpine à laquelle on obtient une dérogation en catimini à son article 11, en séance de nuit, pour autoriser l’A51 ?

Que valent des promesses politiques face à une pression économique sans alternative valable ?

Et la 2x2 voies est pratiquement déjà achevée du côté italien du col du Montgenèvre…..

Or Perpignan-Montgenèvre-Turin c’est 650 km soit 50 km de moins que le passage par Vintimille et 150 km de moins que le passage par Ambérieux soit un quart de trajet en moins.

Selon les encombrements, et autres temps d’attente et coûts annexes, le Montgenèvre ne sera-t-il pas souvent alors un itinéraire très attractif ?

Il n’y a pas des tempêtes de neige tous les jours.

Déjà 800 camions/jour y passaient quand le Fréjus était fermé.. et plus de 200 semi-remorques encore actuellement de plus de 28 tonnes … alors que la dérogation est réservée aux riverains, …mais ne peut-on se considérer comme riverains jusqu’à la Sicile ? 

Ainsi, en voulant le barreau autoroutier La Saulce- La Bâtie-Neuve, présent dans les deux projets et assez facile à réaliser, les « décideurs » de PACA risquent de réussir le tour de force de créer, tout en s’en défendant,  un nouveau couloir à camions dans le Val de Durance, sur la colonne vertébrale touristique du département des Hautes-Alpes, et ceci à l’heure où tout le monde prend conscience de la nécessité de se débarrasser autant que possible de ses couloirs à camions !

Comment éviter une telle aberration collective ?  

Il faudrait bien évidemment que la Région PACA, dans toutes ses composantes, ait une volonté sans faille de donner une priorité absolue au Montgenèvre, notamment par rapport à tout projet routier d’envergure.

Cette volonté, le Conseil Régional PACA l’avait clairement proclamée le 23 Mars 2000 en adoptant le 4° plan Etat-Région 2000-2006.

L’achèvement des études pour le Montgenèvre était alors clairement déclaré prioritaire.

Qu’en est-il en cette fin 2005 ?

Quelques points techniques importants restent encore à résoudre,(rampes de l’Argentière et en aval d’Oulx essentiellement) et l’étude financière opérationnelle reste à faire, alors qu’il ne s’agit que du 1/10° du Lyon-Turin, et que le modèle de financement peut être pratiquement le même.

Convaincre Bruxelles de l’intérêt européen d’une réalisation prioritaire du Montgenèvre , sans attendre la réalisation du Lyon-Turin dont il sera par la suite complémentaire, demeure sans doute possible. C’est un challenge non gagné d’avance, mais le fait que l’on ne peut laisser toute une région comme PACA s’enliser dans l’impasse du tout-camions alors que toutes les régions qui l’entourent optent pour un intermodal d’avenir, serait alors un argument fort.

Il est donc crucial d’agir vite tant que le virage permettant d’éviter d’aller dans le mur est encore possible.

Il est particulièrement urgent à cet égard d’étudier dans nos vallées étroites l’emprise nécessaire à un réseau ferroviaire performant avant toute décision d’investissement routier majeur, et ceci bien évidemment à commencer par la vallée de l’Avance, qui est la plus menacée par les projets autoroutiers de ce débat.

Pour terminer voici deux  photos  prises il y a quelques jours au dessus de cette vallée de l’Avance en face de Saint Etienne du Laus.

Je vous laisse imaginer ce que cette vallée deviendrait avec une autoroute au milieu.

Nous sommes responsables à l’égard des générations futures.

Je pense que ce souci n’est pas réservé aux associations de protection de la nature et autres « écolos », appellation non contrôlée que nos opposants nous envient !

Pour terminer nous tenons à remercier très vivement la Commission Particulière de Débat Public d’avoir organisé ce débat.

La tâche n’était pas facile s’agissant d’un sujet où les passions, hélas souvent plus que la raison, s’affrontent depuis plusieurs décennies.

Ce débat public a donné aux mouvements associatifs une possibilité de s’exprimer qui leur avait pratiquement jusqu’à présent  toujours été refusée.

Même au cours de ce débat d’ailleurs les principaux médias locaux ont persisté à réduire au minimum, ou même à refuser, nos demandes d’expression, alors que nos opposants disposaient de pages entières.

Nous avons apprécié ce rééquilibrage démocratique, et nous y avons je crois répondu notamment par des cahiers d’acteur solidement argumentés.

Certes il y eut des défauts d’organisation que nous n’avons d’ailleurs pas manqué de critiquer. De futurs débats pourront en tirer profit.

Mais l’ensemble fut malgré tout certainement très positif pour le but poursuivi qui est de donner au maître d’ouvrage des éléments de réflexion débordant le cadre technocratique habituel, souvent trop feutré, réflexions qui peuvent s’avérer essentielles pour prendre maintenant la meilleure décision dans l’intérêt général à long terme.

Merci à tous pour votre attention.

Le 20 Octobre 2005
Eric BRUCKER
Co-président de Fare-Sud







 

 

 

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