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Dossiers | Transports

> Marseille,Juillet 2004
Autoroute A 51:
Le
Groupe des Verts au Conseil Régional PACA répond à Pierre Bernard Raymond...

Monsieur le Conseiller Régional,

Dans un courrier adressé à l'ensemble des Conseillers Régionaux de Provence-Alpes-Côte-d'Azur, vous appelez le Conseil Régional à soutenir et à financer le projet de liaison autoroutière « A 51 » entre La Saulce et Grenoble.

Présentés - selon vos termes - comme les principaux opposants au projet, les élus verts de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur souhaitent par ces quelques lignes vous rappeler ainsi qu’à l'ensemble des Conseillers régionaux, les raisons qui les conduisent depuis plus de 20 ans à s'opposer à ce projet.

En préalable, il nous semble important de relever que si ce projet était techniquement et économiquement réalisable, qu'il relevait d'un réel intérêt stratégique pour l'aménagement du territoire national et qu'il s'avérait rentable pour un concessionnaire, les tergiversations qui nourrissent la chronique haut-alpine depuis plusieurs décennies seraient closes depuis bien longtemps : l'autoroute serait construite ! Tant d'années de débats, tant de décisions ministérielles « irrévocables » adoptées puis abandonnées... tout cela doit bien être le révélateur de quelques difficultés.

Donc, comme vous le savez, les Verts Haut-Alpins – tout comme les Verts un peu partout en France et en Europe - sont opposés à la poursuite des programmes autoroutiers. Les raisons en sont suffisamment bien connues aujourd'hui, y compris par vous-même, pour que nous ne les rappelions pas ici en détail.

Pour autant, nous souhaitons vous faire remarquer que les préoccupations qui sont les nôtres depuis si longtemps (pollutions et nuisances diverses liées au transport routier, impacts négatifs sur les paysages, la santé et le réchauffement climatique, abandon des transports collectifs et ferrés au profit d'un «tout-camion» catastrophique, dont le coût réel n’est jamais révélé...) deviennent aujourd'hui des préoccupations partagées bien au-delà des cercles «Verts».

Pour le constater, il suffit de se reporter aux choix politiques du Président de la République (Déclaration de Johannesburg, Charte de l'environnement adossée à la Constitution, lutte contre le Cancer...), et aux différentes déclarations et mesures émanant de plusieurs membres de l'actuel Gouvernement (Plan Santé Environnement, Projet de bonus-malus à l'encontre des véhicules polluants, mesures de sécurité routière...).

Là aussi, Monsieur le Conseiller Régional, si d'aussi éminentes personnalités - plus proches de votre sensibilité politique que de celle des Verts - s'engagent sur ces différentes voies, c'est qu'il doit y avoir une raison.

Pour les Verts, les questions de qualité de la vie (et donc de qualité de l'environnement) sont primordiales, de même que l'intérêt général doit, selon nous, passer avant la satisfaction des besoins de profit à court terme (ceux des transporteurs routiers et des entreprises de travaux publics par exemple).

La liaison « A51 » que vous appelez de vos souhaits ne résoudra en rien les problèmes bien réels qui sont ceux du département des Hautes-Alpes. De plus, bien au-delà des préoccupations environnementales qui nous sont chères, votre choix repose sur des postulats qui nous semblent erronés, tels que :

  • Les Hautes-Alpes seraient enclavées. Comment expliquer alors l'accroissement constant du nombre d'habitants, le développement conséquent du tourisme, et l'envolée des prix du foncier constatés depuis plusieurs années ?

  • L'autoroute serait indispensable pour faire venir des entreprises dans les Hautes-Alpes. Mais dans les cas de Lustucru-Riz à Arles, de Noroxo dans le Nord - et peut-être malheureusement très bientôt d'Atofina à Château-Arnoux – la présence de l'autoroute aux portes de ces entreprises ne les retient aucunement.

« Hors l'autoroute, point de salut pour les Hautes-Alpes ! » nous dites vous depuis si longtemps. Nous refusons cette approche réductrice du débat, qui tend à prendre en otage les citoyens sur la base d'approches partielles (et partiales ?). Bien loin d'être isolés dans leurs positions, les Verts sont en fait aujourd'hui porteurs des vrais choix d'avenir, aussi bien pour l'aménagement et le développement durable des territoires alpins, que pour les indispensables équilibres écologiques à l'échelle de la planète.

Mais, bien conscients que ces choix ne leur appartiennent pas, ils entendent les partager avec l'ensemble des Conseillers Régionaux, des différents décideurs concernés, et bien sûr tous les citoyens. C'est aussi cela la démocratie !

Nous souhaitons donc aborder enfin les vraies questions : l'aménagement et la sécurisation des routes nationales trop longtemps différé, le soutien fort et actif à un plan ambitieux de développement des transports collectifs routiers et ferrés, la mise en place du ferroutage et la pérennité du fret ferroviaire existant, réduction des transports inutiles, l'application de la Convention Alpine...

Mais au-delà ces différents points, les Verts veulent surtout faire comprendre à chacun que les deux milliards d'euros que vous voulez consacrer à l'« A51 » trouveront de biens meilleurs usages dans des domaines où les besoins sont criants et urgents : le social, l'éducation, la formation, la culture, la santé, la vie quotidienne, le lien social, le développement équitable et durable des territoires par une politique écologique des transports...

C’est aujourd’hui une nécessité impérieuse de trouver des solutions alternatives au prolongement de l’A51, à la destruction des paysages traversés et aux politiques à courte vue du tout-autoroute. Des études publiques et des associations locales ont montré l’intérêt du ferroutage pour les axes transmontagne. Enfin, ils ont insisté sur la faiblesse des trafics en cause qui sont souvent inférieurs d’un tiers aux seuils de rentabilité.

Monsieur le Conseiller Régional, les Verts refusent de « gaspiller » le mandat qui leur a été confié par les électeurs dans la poursuite de projets qui tournent le dos à l'avenir et génèrent des querelles sans intérêt. Au cours du mandat qui vient, ils entendent œuvrer utilement et avec responsabilité dans l'intérêt de tous les habitants de la Région, en cherchant chaque fois que cela est possible, à améliorer concrètement la qualité de la vie et de l'environnement, et sans jamais leur faire croire qu'avec un bout de goudron en plus ou en moins il serait possible de changer la vie.

Nous vous prions de croire, monsieur le Conseiller régional, à l’expression de nos sincères salutations.

P.S. Vous trouverez en copie un dossier réalisé par les Verts sur la politique des transports.

Annick DELHAYE
Conseillère Régionale
Déléguée à l’écologie, à l’environnement et au développement durable

Jean-Luc BENNAHMIAS
Conseiller Régional
Président du Groupe Verts

Philippe CHESNEAU
Conseiller Régional
Délégué à l’emploi et aux politiques territoriales

 

 

 

 

 

 

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