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Dossiers | RETRAITES

> Gap, le 6 juin 2003
Les Verts 05 écrivent à Mme Henriette Martinez, députée de la 1° circonscription des Hautes-Alpes

Madame Henriette MARTINEZ
Députée des Hautes-Alpes
Secrétariat parlementaire
24 Rue Carnot,
05000 Gap

Madame la Députée,

Vous avez, dans un article édité le 29 mai 2003 par le Dauphiné Libéré, affirmé que, pour ce qui concerne les retraites, vous êtes dans le même cas que les enseignants et que ce n'est pas une catastrophe pour vous de travailler deux ans de plus. Que vous ne considérez pas le travail comme une aliénation et que vous n'avez pas envie que vos enfants supportent des cotisations exorbitantes pour payer vos retraites.

Votre déclaration aurait gagné en lisibilité et en transparence si vous aviez poussé la générosité jusqu'à faire état des droits que vous thésaurisez à ce jour en matière de retraite : accumulation d'années comptant pour la retraite inhérente à votre poste d'enseignante pour lequel vous bénéficiez d'un détachement, alors même que vous n'effectuez pas ce travail d'enseignant, droits supplémentaires à faire valoir dans le cadre de vos nombreuses et successives fonctions électives.

Pardonnez notre cécité, mais nous ne voyons pas de similitude entre votre cas et celui de la quasi-totalité des enseignants, qui, nous en sommes convaincus, accepteraient avec enthousiasme de bénéficier de nombreuses années de détachement, validées néanmoins pour le calcul de leur retraite.

Vos propos visant à épargner vos enfants quant à leur participation à vos revenus lors de vos vieux jours seraient pathétiques s'ils n'émanaient pas d'une représentante du peuple amenée à contribuer à une réforme touchant à des choix de société.

Ces propos culpabilisants résultent soit de l'ignorance de certaines connaissances de base en matière d'économie de notre société, soit d'une volonté toute démagogique et empreinte de mauvaise foi de faire croire que la réforme n'admet pas d'autre alternative que celle proposée par le gouvernement : assurer l'équilibre financier via le prolongement de la durée d'activité et une baisse du niveau de pension.

Dans le deuxième cas il s'agit d'un problème de moralité pour lequel vous seule êtes en mesure de trouver des solutions.

Dans le premier cas nous pouvons vous apporter quelques informations élémentaires afin que vous puissiez voter en toute connaissance de cause lors de la délibération de l'Assemblée Nationale.

Vous ne pouvez ignorer que pour assurer le financement des retraites à l'horizon 2040, tout en abrogeant la réforme Balladur de 1993, trois solutions sont disponibles :

  • Reculer de 9 ans l'âge de départ à la retraite compte tenu du gain de 5,5 années d'espérance de vie à 60 ans prévue par les démographes ;
  • Diviser par deux le pouvoir d'achat relatif des retraités par rapport à celui des actifs (la retraite moyenne passerait de 78% du salaire net moyen à 41,5%);
  • Augmenter de quelque 14 points le taux de cotisation, soit une variation annuelle de 0,34 point.

 

* Cette troisième solution est systématiquement récusée par le Medef et le gouvernement au nom de la compétitivité des entreprises : pourtant cet argument n'est pas fondé, les cotisations sociales refusant obstinément de peser sur les profits.

Entre les deux guerres mondiales, période de très faibles cotisations, le poids du profit correspond en moyenne à 33% de la valeur ajoutée des entreprises françaises et la part salariale est de 67%.

Autrement dit, le salaire directement perçu par les salariés (salaire net), et le salaire indirectement reçu par ces derniers (cotisations sociales qui financent les retraites, les dépenses de santé …) représentent ensemble les deux tiers de la richesse produite.

Depuis 1950, la part du profit est en moyenne de 35%. C'est plus que les 33% de l'entre-deux-guerres : l'envol des cotisations sociales n'a pas du tout pesé sur les profits.

L'élévation du salaire indirect s'est simplement accompagnée d'une baisse du poids du salaire direct dans la valeur ajoutée. C'est bien sûr sur les salariés que pèsent les cotisations.

Qu'en est-il pour les pays où la solidarité ne fait pas partie de la tradition politique ?

Entre les deux guerres, le poids des profits dans la valeur ajoutée était en moyenne de 36% pour les entreprises américaines et de 37% pour leurs homologues britanniques. Depuis 1950, les proportions ont baissé à 34% pour les premiers, à 31% pour les seconds.

Il s'agit là d'un fait bien établi, y compris pour les autres pays développés d'après les données de l'OCDE.

Il n'existe donc pas de contrainte économique de compétitivité pour refuser d'augmenter les cotisations sociales. Cette hausse fait bien partie des choix possibles, des moyens légitimes, même dans une économie mondialisée.

* La part du PIB consacrée aux retraites suite à une hausse de cotisation de 0,34 point serait inférieure à celle qui a été consacrée aux retraites lors des 40 dernières années.

Les retraites sont passées de 5,4% à 12,6% du PIB en 40 ans, soit 7 points de PIB en plus sur la période. L'augmentation de 0,34 point par an jusqu'en 2040 représenterait 6 points de PIB.

Auriez-vous des regrets d'avoir permis à vos parents d'échapper à la pauvreté massive qui les menaçait si notre société n'avait pas consenti à ce choix ?

* La hausse des cotisations (0,34 point par an) pour préserver la stabilité du pouvoir d'achat relatif des retraites et celle de l'âge de la retraite ne signifie en aucun cas recul du pouvoir d'achat des actifs.

Votre façon de présenter les choses relève du mensonge.

En effet, pour éviter à l'horizon 2040 un recul de l'âge de la retraite de 9 ans ou une division par deux du pouvoir d'achat des retraités, il suffit de procéder régulièrement à une hausse des cotisations telle que le pouvoir d'achat du salaire net moyen augmente chaque année de 0,5% de moins que la productivité.

Dans ces conditions, ce pouvoir d'achat augmentera annuellement de 1,1% si l'on retient la prévision très prudente retenue par le COR (conseil d'orientation des retraites).

Autrement dit, le pouvoir d'achat moyen des actifs s'élèvera de 54% en 40 ans au lieu de 89% si l'on sacrifie les retraites. Soit 1,9% en pouvoir d'achat annuel au lieu de 2,4% si la productivité se contente des performances réalisées depuis 1973 et 2,2% au lieu de 2,7% si elle augmente à l'avenir comme elle l'a fait en moyenne depuis 120 ans.

Ainsi nous vous prions de bien vouloir vous empresser, en bonne mère que vous êtes, d'apporter la nouvelle à vos enfants.

Dites leur qu'il est peut-être plus important pour eux de trouver rapidement du travail grâce au départ non moins rapide des actifs vers la retraite, d'autant qu'un jour ils seront aussi amenés à additionner leurs années de cotisation pour faire valoir leurs droits à versement de leur pension par leurs propres enfants.

Prévenez votre fille que, si elle veille à la cohésion familiale et qu'elle consacre du temps à l'éducation de ses enfants, elle sera sévèrement sanctionnée par la décote.

Dissuadez votre fils de s'adonner à sa passion de bâtir des maisons car non seulement il aura tous les risques de mourir tôt, mais il aura cotisé pour ceux qui, en définitive, auront privilégié les métiers intellectuels.

Faites leur également savoir que des parents âgés qui vivent dans des conditions dignes et humaines c'est sans doute plus facile à vivre pour les enfants que l'inverse. Sans parler de la situation où les enfants seraient amenés à subvenir directement aux besoins de leurs parents …. Mais là n'est sans doute pas votre souci, votre retraite "multicarte" sera suffisamment confortable pour échapper à ce genre de dépendance et d'humiliation.

Nous souhaitons vous avoir convaincue. Du moins éprouverons-nous quelque satisfaction si le jour du vote à l'Assemblée quelques doutes écornent vos hermétiques certitudes.

Vous remerciant pour votre attention, nous vous prions de bien vouloir agréer Madame la Députée, l'expression de nos salutations distinguées.

Pour LES VERTS Hautes-Alpes,
Michel Olivier, Président

 

 

 

 

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