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Dossiers | RETRAITES

> Eléments pour un débat, le 18 février 2003
par Jean-Pierre FOUQUET (Porte parole régional des
Verts PACA et Conseiller municipal de Marseille)
LES VERTS ET LA RETRAITE

Si, en quelques lignes, on ne peut pas faire le tour complet de la question, je me propose, en m'appuyant sur des rapports d'experts et quelques écrits des Verts, d'éclairer les militants. Si vous butez sur des termes, reportez vous aux définitions en fin de document.

1 - HISTORIQUE

> Le modèle du régime par répartition, a été appliqué dès 1853 dans certaines grandes entreprises, notamment dans le secteur de l'énergie.

> Le système français des retraites, a été mis en place en 1945 dans le cadre des ordonnances de création de la sécurité sociale. L'objectif était d'assurer aux retraités un bon niveau de vie. Aujourd'hui, toute la population française est couverte

> Plus de 95 % du système des retraites en France s'appuie sur la technique de la répartition. Les cotisations versées par les actifs sont aussitôt utilisées pour payer les retraites. Ce faisant, les actifs acquièrent des droits pour leur propre retraite.
Ce système est généreux, précoce, universel. Il assure une solidarité entre générations. Son inconvénient est la sensibilité du rapport démographique entre cotisants et retraités.
D'autres grands pays européens mélangent répartition (pour 60 % en moyenne) et capitalisation (40 %).

> Age légal de la retraite. Depuis 1982, les salariés du secteur privé ont le droit de partir à la retraite dès 60 ans (contre 65 auparavant).
C'est un droit, non une obligation. Ils ne bénéficient de la retraite à taux plein que s'ils ont cotisé 40 ans.

> La réforme Balladur (1993). Elle concerne les retraites du secteur privé :

  • Les retraites sont indexées sur les prix et non plus sur les salaires
  • Les montants des retraites sont calculées sur la moyenne des 25 meilleures années d'activité au lieu des 10 dernières années (processus qui s'achèvera en 2008).
  • La pension à taux plein s'obtient après 40 annuités (160 trimestres) au lieu de 37,5 annuités antérieurement.
  • On estime que cette réforme a fait baisser le niveau des pensions de plus de 20 % et allègera de 30 milliards d'euros, la charge du régime général des retraites d'ici 2010.

> La retraite des fonctionnaires. Elle diffère du privé :

  • La durée de cotisation pour une retraite à taux plein est de 37,5 annuités
  • Le montant de la pension est basé sur les salaires des six derniers mois (primes exclues).
  • La retraite est indexée sur le point de la fonction publique.
  • Les pensions de réversion au conjoint survivant sont meilleures.

> Les régimes de retraite ne dépendent pas du budget de l'Etat, mais de la loi de financement de la sécurité sociale. On peut dire qu'ils bénéficient d'une « certaine» indépendance financière.

L'analyse des retraites entre le public et le privé doit
uniquement être une source d'harmonisation et d'équilibre, dans une juste défense des droits de chacun.

 

2 - POSITIONS VERTES EN 2002

Pour mémoire, voici la position des Verts défendue, sans bien l'approfondir, lors de l'élection présidentielle d'avril 2002

A/ Taux de remplacement garanti au niveau actuel pour les retraites et indexation sur les salaires. Un niveau de retraite identique pour les salariés du secteur public et du secteur privé doit être assuré. Prise en compte des dix dernières années pour le calcul de la pension dans le secteur privé.

B/ Rendre possible le départ à la retraite à taux plein avant 60 ans pour tous ceux qui le souhaitent et qui ont accumulé le nombre d'annuités suffisant. Limitation à 37,5 annuités de la durée de la vie active nécessaire à l'obtention d'une retraite à taux plein.

C/ Il devrait être possible dans certaines conditions de cumuler travail et retraite entre 60 et 65 ans.

Si vous n'avez pas tout compris, ce n'est pas grave, moi non plus ! Nous allons tenter de mieux comprendre les enjeux de la réforme.

 

3 - QUELLE VALEURS LES VERTS DEFENDENT ?

Le dossier des retraites entre parfaitement dans le domaine de compétence des Verts : Il s'agit en effet d'imaginer et de prévoir le cadre et les conditions de vie d'une partie grandissante de nos concitoyens pour
les générations à venir.

A l'égal des congés payés, des salaires minima garantis, de l'encadrement du temps de travail, ou de la couverture maladie, le droit à la retraite constitue, dans notre pays, une conquête essentielle.

L'organisation du système des retraites reste une compétence nationale. La politique de l'Etat en faveur des personnes âgées a longtemps été timorée. L'Etat a pourtant été contraint de prendre le relais de la famille face au vieillissement de la population ou à transférer une partie des charges aux collectivités territoriales, principalement le département.

Gardons nos valeurs. Je cite un document distribué en 1995 à tout nouvel adhérent Vert : « L'écologie politique est du coté de la justice et de l'égalité sociale, indispensable pour permettre à chacun de construire sa vie sans détruire celle des autres. Elle est du coté des grands mouvements sociaux quand ils se battent contre l'exploitation des êtres humains et de la nature, contre toutes les oppressions. Les Verts défendent un projet de développement soutenable, une société capable de vivre en harmonie avec son milieu, se préoccupant des besoins actuels de tous ses membres comme ceux des générations futures. Nous voulons inventer, avec d'autres, un monde vivable pour tous».

Est-il besoin d'en dire plus !

Le débat sur les retraites est complexe : Souvent il est résumé en quelques mots, en slogans, en chiffres péremptoires. C'est à celui qui fera la plus grosse annonce, le plus de démagogie.

Nous, nous sommes un parti politique responsable, attention aux pièges.

  • Par exemple celui de l'âge de la retraite : vaut-il mieux partir avec une retraite à taux plein à 62 ans, ou à 58 ans avec seulement 60 % de sa valeur ?
  • Faut-il opposer public et privé au risque de perdre sur les deux tableaux ?
  • Evitons également de sombrer dans la bataille des chiffres, gardons quelques repères, c'est le boulot d'un parti politique.

Tout en défendant notre système de retraite par répartition, rendons possible la retraite progressive.

 

4 - QUEL SONT LES LEVIERS D'ACTIONS ?

Les prévisions démographiques et économiques, truffées d'hypothèses, le vieillissement de la population à peu près connu, les aspects financiers aléatoires, font partie des éléments incontournables qui nous obligent à nous projeter dans l'avenir.

Nous reviendrons sur les données chiffrées un peu plus loin. Laissons nous guider par les « facteurs » qui agissent sur l'équilibre des retraites. Je vous propose une réflexion « ouverte » et «hiérarchisée ».

> Age d'entrée dans la vie active.
L'âge d'entrée dans la vie active se fait, en moyenne, à 22 ans dans le privé et 25 ans dans la fonction publique.

> Durée du temps de travail.
La durée moyenne « constatée » d'activité professionnelle pour les hommes est passée de 38 ans en 1980 à 34,5 ans en 2000. On peut valablement estimer que la durée effective moyenne d'activité se rapproche de 34, voire 33 ans. On est loin des 40 ans pur une retraite à taux plein. Pour les femmes, ce chiffre est encore plus bas.

> Age de la retraite.
C'est une notion ambiguë.
Il y a l'âge légal de la retraite = 60 ans.
Il y a l'âge de départ à la retraite, avant ou après 60 ans.
Il y a l'âge de liquidation de la retraite, date où l'on fait valoir ses droits à la retraite.

> Départ à la retraite à taux plein.
La loi permet le départ à la retraite à 60 ans. Elle ne dit pas à combien s'élève la pension de retraite au moment du départ. L'âge moyen auquel les salariés affiliés au régime général de la sécurité sociale bénéficient de la retraite à taux plein est de 61,5 ans.
Dans l'avenir, cet âge ira en croissant.
Il est logique de laisser une certaine liberté de choix quand à la date du départ, qui peut être anticipé, sans trop de pénalités sur le montant de la pension.
De même, continuer à travailler au delà de 60 ans, doit pouvoir être possible, tout en percevant sa retraite.

> Indexation du montant des retraites.
Comment vont évoluer nos retraites ?
Si les pensions sont basées sur les prix à la consommation, le pouvoir d'achat est maintenu, tandis que si elles s'appuient sur les salaires (oui ! mais lesquels ?), leur évolution est dépendante de la vie économique, donc préférable.
Aujourd'hui, les régimes de retraites sont pratiquement tous indexés sur les prix.

> Retraités et pouvoir d'achat.
C'est peut-être une piste à approfondir. On dit couramment que les besoins financiers des retraités sont moindres que ceux des actifs. De nombreuses facilités sont offertes aux plus de 60 ou 65 ans. Certaines sont générales : réductions dans les domaines des transports, de la culture, des sports, des voyages, des spectacles, des vacances etc., d'autres sont appliquées sous conditions de ressources : redevance télévision, taxe d'habitation, taxe foncière, travaux à domicile, impôts sur le revenu, accès au téléphone etc.

> Financement des retraites.
Le livre blanc sur les retraites (1990), les rapports du
Commissariat au Plan et du Conseil Economique et Social (1999), celui du Conseil d'Orientation des Retraites (2002), ont mis en évidence l'ampleur des besoins de financements des retraites qui dépend notamment des hypothèses économiques sur la croissance et l'emploi.
Si on ne touche pas au système des retraites, il faudra trouver 35 milliards EUR en 2020 et 100 milliards en 2040. En supposant que ces sommes soient débloquées, le taux moyen des pensions passerait de 0,78 à 0,64.
Cette baisse serait due à l'indexation des pensions sur les prix et aux réformes de 1993.


Pour assurer le rééquilibrage financier et donc la pérennité des régimes de retraites par répartition, on peut jouer sur :

  • Le taux de cotisation des employeurs et employés
  • Le montant des retraites et leur évolution
  • La date de départ (fonction de l'âge et de la durée de cotisation).

> Remarque : attention aux chiffres.
Si le financement des retraites peut paraître exorbitant, il faut souligner que les milliards d'euros 2040 n'ont pas la même signification que leur équivalent de 2000. Il faut également souligner que la richesse du pays, qu'on appelle Produit Intérieur Brut (PIB), aura été multiplié par deux en 2040. Il faut enfin relativiser, quand on sait que la dette financière de France Télécom est de 70 milliards EUR ou que la Bourse de Paris a perdu 600 milliards EUR en deux ans (en capital).
Est-ce si déraisonnable de dépenser plus pour les retraites, si les retraités remettent cet argent dans le circuit financier, dans l'activité du pays, dans l'investissement, à condition qu'on leur laisse une place ?

> Les années de cotisation.
Tout n'est pas pris en compte dans le calcul des annuités (années de cotisation). Ce sont ceux qui ont eu des « trous », donc des difficultés dans leur vie professionnelle, qui sont à nouveau pénalisés. Pour un plus juste équilibre, il faut prendre en compte les périodes de formation, d'apprentissage, d'inactivité forcée (recherche d'un premier emploi, temps partiel contraint ...), le congé sabbatique, etc.

> Réformer les préretraites.
La période de temps qui s'écoule entre le moment de cessation d'activité et l'entrée dans le système des retraites est couverte par des mesures publiques, privées ou mixtes, visant à couvrir les retraites anticipées, relevant de l'assurance chômage, des pensions d'invalidité ou de toute autre forme d'indemnité de licenciement.
Le taux d'activité de la tranche d'âge 55-65 ans est de 37 %. Il baisse à 34 % si l'on tient compte du chômage. Cela veut dire qu'entre 55 et 65 ans, une personne sur trois est effectivement employée. Pour les 60-65 ans, c'est seulement une personne sur dix.
Ces statistiques doivent être maniées avec prudence, tant il y a de situations différentes. Elles situent la France en dernière place des pays européens.
Ces préretraites coûtent cher car elles augmentent les versements de retraite tout en réduisant les contributions sociales. Les préretraites ne permettent pas de créer des emplois pour les jeunes et servent souvent à faire baisser les chiffres du chômage.
Relancer et motiver les plus de 50 ans sera un puissant levier d'équilibre.
Réformer les préretraites est une priorité.

> Plus d'emploi, c'est moins de chômage.
Tendre vers le plein emploi est idéal parce qu'on augmente le nombre d'actifs, donc de cotisants. Par exemple, gagner 1 % sur le taux de chômage, c'est 270.000 personnes en plus sur le marché du travail, autant de cotisations en plus pour les retraites et de dépenses d'indemnités chômage en moins. C'est un levier très important.

> La fécondité = plus d'enfants.
On n'en parle pas assez. Pourtant, sur une ou deux générations, on peut obtenir des résultats surprenants. Entre 1995 et 2000, le nombre d'enfants par femme était de 1,73, ce qui n'assure pas le renouvellement des générations. Une baisse continue de ce taux réduit le nombre futur d'actifs.
En revanche, modifier la tendance vers la hausse, apporterait du sang neuf à l'activité du pays. En 2050, le nombre de jeunes de moins de 20 ans passerait de 10 à 17 millions si le taux de fécondité passait à 2,3 enfants par femme. C'est une tout autre conception de notre société.

> Augmenter les cotisations ?
C'est un sujet brûlant. Une certaine dose d'augmentation des cotisations retraite n'est pas à exclure, à condition qu'elle n'accentue pas les prélèvements obligatoires, ne restreigne pas le pouvoir d'achat et serve principalement à payer les pensions des plus démunis. En fait, ce sujet en pose un autre, beaucoup plus vaste. Les retraites doivent-elles être seulement payées par les cotisations des actifs ? On connaît aujourd'hui le dérapage des dépenses de santé qui vont en grandissant avec le vieillissement de la population. Les gouvernements ont créé la Contribution Sociale Généralisée (CSG), nouvel impôt destiné à compenser le dérapage des coûts de la sécurité sociale. Augmenter les taux de cotisation ne doit pas correspondre à un impôt supplémentaire pour payer les retraites.

> Inégalité des retraites hommes-femmes.
Le minimum vieillesse va en grande partie aux femmes (83 %). Deux tiers des femmes retraitées touchent moins de 762 EUR bruts par mois contre seulement un quart des hommes. Même chez les cadres, les femmes retraitées gagnent, en moyenne, 25 % de moins que leur équivalent homme. Enfin, ce sont plutôt les femmes qui perçoivent les pensions de réversion qui ne représentent qu'une moitié de la retraite du mari ... et sous certaines conditions d'âge et de ressources.

> Cas particuliers et régimes spéciaux ?
Pour ceux qui ont cotisé 40 ans et qui n'ont pas atteint l'âge de 60 ans, il est logique de leur permettre d'acquérir des droits supplémentaires et de bénéficier ainsi d'une « surcote » au moment où ils cessent leur activité. La pénibilité du travail doit être un élément d'appréciation. Les régimes spéciaux des entreprises publiques (SNCF, EDF, RATP...) gênent les pouvoirs publics. On se rappelle de décembre 1995. Ces régimes doivent cependant entrer dans le moule de la réforme.
Je crois qu'il faut séparer les salariés déjà embauchés, pour lesquels il y a le respect des engagements accordés et ceux qui vont être embauchés à qui il faut annoncer que la règle du jeu a changé.

 

5 - POUR UNE RETRAITE PROGRESSIVE ET CHOISIE (Propositions des Verts de la Région Provence Alpes Côte d'azur)

Le gouvernement lance, en 2003, la réforme du système de financement des retraites. C'est une affaire sensible, difficile et complexe car, dès qu'on touche à un fil, c'est toute la bobine qui se déroule.

Les Verts doivent affirmer leurs positions, en sachant comment influent leurs décisions sur le financement des retraites.

Les propositions ci dessous n'engagent que leur auteur. Pour mieux comprendre leur impact, un sigle est inscrit à coté de chaque suggestion :


= ne change rien
* augmente le déficit des retraites
* réduit le déficit des retraites

> On conserve pour toutes les retraites, de base et
complémentaires, le système par répartition
(=)

> L'âge légal de la retraite reste fixé à 60 ans. La retraite doit être liquidée au plus tard à 65 ans. (=)

> Le niveau de la retraite à taux plein, par rapport à la rémunération de fin d'activité, ne doit pas être inférieur à 75 % (taux de remplacement) (*)

> Le calcul de la pension de retraite se fait sur les dix meilleures années d'activité. (*)

> L'indexation des retraites se base sur les prix à la consommation (*)

> La durée de cotisation est de 40 ans à condition :

  • D'instituer pour les fonctionnaires un rattrapage progressif de six mois par an à partir de 2004. Ceux ci auront ainsi une durée de cotisation de 40 ans en 2009 (*)
  • De valider les périodes de formation, d'apprentissage ou d'activité forcée. (*)
  • De supprimer les primes de départ avant 65 ans. (*)
  • De créer un taux de correction pour «pénibilité » dans l'activité.

> Les taux de cotisation des actifs n'augmentent pas avant 2010. (=)

> Les minimum vieillesse et minimum contributifs sont revalorisés. (*)

L'idéal aurait été que toutes les flèches soient tournées vers le bas pour agir dans le sens recherché. Si ce n'est pas le cas, c'est évidemment parce qu'il y a de grandes disparités dans l'équilibre et l'équité des français face à la retraite. Les Verts ne peuvent pas l'ignorer.


> Définitions.

  • Dans le système par répartition, les pensions de retraites sont payées par un prélèvement sur les revenus des actifs.
  • Dans un système par capitalisation, les retraités vivent des revenus ou du capital de l'épargne qu'il ont accumulé durant leur activité.
  • Le taux de remplacement est le rapport entre le montant de la pension et le dernier revenu d'activité.
  • Les taux de cotisation sont les pourcentages des salaires qui sont payés par les employeurs ou les salariés aux régimes de retraites.
  • Le taux de dépendance démographique est le rapport entre la population de plus de 60 ans et celle âgée de 20 à 60 ans.
  • L'indexation est la correction annuelle du montant des pensions en fonction de l'évolution du coût de la vie (ou des salaires ...).
  • Le minimum vieillesse est le revenu minimal garanti par la sécurité sociale aux retraités dont les revenus annuels n'excèdent pas 7000 EUR. Il est de 578 EUR, soit 3800 frs par mois au 1/1/2003.
  • Le minimum contributif est la pension minimale, le RMI vieillesse. Il concerne 3 millions de personnes. Il est de 533 EUR par mois.
  • Liquider sa retraite, c'est faire valoir ses droits à la retraite.

 

 

 

 

 

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