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Dossiers | Le
Loup
Le retour naturel du
loup : une réalité biologique, et des conséquences
pratiques
Motion votée
par le CNIR, le 13 avril 2003 à l'unanimité
ATTENDUS
Au titre de la défense
de la diversité biologique et du rôle des grands
prédateurs dans les équilibres écologiques
et la sélection naturelle, nous devons préserver
en particulier le loup, le lynx et l'ours en Europe, comme nous
réclamons que soient protégés les grands
prédateurs des autres continents.
Un retour naturel
La dépopulation des Alpes
françaises, régulière et progressive depuis
plusieurs décennies, a profondément modifié
l'occupation humaine des milieux montagnards, et les usages de
ces milieux. Une des conséquences de la déprise
agricole a été l'augmentation des espaces délaissés
et leur retour à des dynamiques de recolonisation naturelle
par la flore (lande ou forêt).
Consécutivement à
cette évolution et à une moindre pression humaine,
la faune sauvage et en particulier les populations d'ongulés
se sont développées jusqu'à atteindre des
niveaux non atteints depuis au moins deux siècles. Cette
situation, établie déjà depuis de longues
années, et l'existence de populations de loups dans des
territoires voisins ont créé des conditions favorables
à un retour et une réimplantation naturelles de
grands prédateurs, qui occupent comme l'homme le sommet
de la pyramide des espèces.
Si le retour du loup était
prévisible, voire prévu par les autorités
scientifiques italiennes, il a surpris les éleveurs qui
n'y étaient pas préparés. Certains opposants
à la présence des loups en France défendent
la thèse de la réintroduction de loups en arguant
que trop peu d'indices ont été retrouvés
entre la pointe des Appenins (nord-est de Gênes) et les
Alpes situées à 250 km pour attester du passage,
même provisoire, de loups avant le constat de sa présence
en France. Pourtant dès les années 80, la présence
des loups a été attestée en Ligurie à
seulement 120 km des Alpes.
De nombreuses données
ont été recueillies, fondées notamment sur
la présence de cadavres : une louve a été
retrouvée morte dans la province d'Alessandria en novembre
1984, puis 2 loups en Ligurie pendant l'hiver 85-86 et 4 loups
ont été tués dans la haute vallée
de Bordera et Curone en 1985. Enfin un couple de loups a été
trouvé dans des collets en janvier 1990 dans la province
de Gênes. Au total, 450 indices de présence ont
été relevés de la vallée Stura à
la vallée d'Aveto (du nord-est au sud-ouest de la province
de Gènes) en passant par la province de Pavia et celle
de Piacenza, toutes situées dans les Appenins septentrionaux.
On observera d'une part que ces régions possèdent
un arrière-pays peu peuplé, essentiellement forestier,
et d'autre part que l'élevage y reste marginal, ce qui
explique la faible quantité de dommages aux troupeaux
domestiques qui a été recensée.
Les expertises génétiques
des excréments trouvés dans les Alpes françaises,
du Mercantour à la Maurienne, démontrent avec certitude
que les loups français proviennent de souches italiennes.
En effet, les dernières technologies en matière
de biologie moléculaire permettent aujourd'hui une différenciation
de chaque individu au sein même d'une sous-espèce
(celle du loup italien, par exemple). A partir des excréments
qui sont relevés en continu de part et d'autre de la frontière
depuis presque 10 ans, il est possible de déterminer le
cheminement d'un (ou plusieurs) animaux (de même que ses
liens de parentés avec d'autres loups). Les analyses effectuées
par le laboratoire du Pr Taberlet établissent ces mouvements
et permettent un suivi de différentes "cartes d'identité"
à partir d'indices récoltés sur le terrain
par le réseau loup (agents de l'ONCFS, de l'ONF, des DDAF
et naturalistes associatifs).
Les références
scientifiques existantes montrent que le mode de reproduction
du loup le pousse à réguler le nombre d'individus
de la meute en chassant les jeunes en surnombre : l'espèce
a un mode d'expansion territorial et les jeunes colonisent régulièrement
de nouveaux territoires (les besoins d'une meute variant autour
de 200 km2).
Le processus de colonisation
naturelle depuis l'Italie est donc à la fois attesté
et conforme à la connaissance de la dynamique standard
des populations de loups observées de par le monde. Des
mouvements identiques ont été suivis et analysés
dans la dernière décennie dans d'autres pays européens,
dans un même mouvement de l'est vers l'ouest (Pologne-Allemagne,
Croatie-Slovénie, Italie-Suisse,.).
Une cohabitation homme/loup
possible
De nombreux pays (notamment l'Italie,
l'Espagne, la Slovénie, la Slovaquie, la Roumanie) abritent
des populations de loups qui cohabitent pacifiquement avec les
habitants de ces régions, y compris les éleveurs.
Ceci démontre parfaitement
qu'une cohabitation homme/loup est possible et ce, d'autant plus
que les populations de loup dans ces pays sont beaucoup plus
importantes (Italie: 500 loups, Espagne: 3000 loups).
MOTION
Une approche globale.
La non-préparation matérielle
et psychologique au retour du loup, la rapidité de celui-ci
sont des caractéristiques majeures du problème.
Mais laisser croire que l'éradication
du loup réglerait tous les problèmes n'est pas
une attitude responsable.
D'une part parce qu'elle n'est
pas possible (les conditions naturelles qui ont causé
le retour de ce prédateur continueraient à pourvoir
au remplacement des individus ou meutes supprimés, cf
ci-dessus) et d'autre part parce qu'elle constitue une fausse
réponse.
Les Verts souhaitent une approche
globale qui doit permettre comme dans d'autres pays de concilier
les impératifs des activités agro-pastorales avec
la conservation d'une espèce sauvage.
Cette approche s'appuie sur
différents principes :
1. La présence des
éleveurs et des activités agro-pastorales sont
indispensables dans les Alpes.
Elles ont un rôle économique,
social et écologique irremplaçable. Ces activités
garantissent une agriculture de qualité, naturelle, et
assurent un rôle d'entretien des paysages, de maintien
de la diversité biologique et une présence humaine
indispensable dans des espaces largement désertifiés.
2. La tendance qui consiste
depuis des années à augmenter la taille des troupeaux
et à diminuer la main d'oeuvre doit être inversée.
Il est possible et nécessaire
de réorienter la politique d'aides actuelle qui oblige
à toujours plus de productivité avec les effets
pervers des primes par tête ou par hectares, vers une politique
contractuelle qui intègre différents objectifs
: qualité des produits, gestion de l'espace, maîtrise
des troupeaux, emploi, et, par-là même, reconnaissance
de l'utilité sociale de l'activité agro-pastorale.
Cette réorientation pourrait
s'opérer dans le cadre de la mise en place de Contrats
Agricoles Durables ou des Mesures Agro-Environnementales à
long terme.
Des mesures de prévention
et de protection éprouvées apporteront non seulement
une sécurité présence totale, mais aussi
des moyens supplémentaires pour la garde et le suivi des
troupeaux. Les aides-bergers peuvent engendrer un nouveau métier
tout à fait complémentaire aux métiers saisonniers.
Pris en charge par la collectivité, ils ne coûteront
pas plus cher que l'indemnisation des chômeurs.
Il faut faire le choix de la
prévention en vue de l'amélioration de la qualité
de vie des bergers. Ces actions de prévention pratiquées
sur certains troupeaux ont montré leur efficacité
et doivent encore être améliorées.
3. Le loup n'est pas responsable
de tous les problèmes de la filière.
Le pastoralisme souffre de difficultés
économiques liées au phénomène de
mondialisation. Les contraintes économiques liées
à la concurrence du marché, la politique agricole
commune et l'absence durable de prédateurs ont profondément
modifié les systèmes d'exploitation.
Les éleveurs ovins se
sont adaptés en augmentant la taille de leur cheptel,
et il n'est pas exceptionnel de trouver des troupeaux de 3000
animaux. Le système de garde a également évolué
: la présence d'un berger n'a plus été possible
en dessous de 1000 à 1200 têtes, ce qui a conduit
les propriétaires à regrouper leurs troupeaux et
parfois, à se passer de présence humaine permanente.
Le retour du loup avec son contenu
émotionnel et ses capacités de prédation
difficiles à contenir n'a donc fait qu'ajouter des problèmes
à une profession déjà très fragilisée.
Cependant, la suppression du
loup, même si elle pouvait apaiser la profession sur le
court terme ne sera pas une garantie de survie pour la filière
à longue échéance.
De 1993 à 1998, les chiens
errants sont responsables de la mort d'au minimum 500 000 ovins
et la foudre et la brucellose de 150 000. La mort de 3000 animaux
due au loup est donc très faible par rapport à
d'autres causes qui existent depuis des décennies sans
soulever autant d'émotions.
Des propositions.
Les réponses techniques
existantes sont multiples. Elles ne peuvent être mises
en ouvre que dans un échange approfondi et dans un esprit
constructif entre les interlocuteurs professionnels, institutionnels
et associatifs :
- Poursuite des soutiens directs
: par exemple, aides pour l'acquisition et l'utilisation d'enclos
mobiles de protection des troupeaux, aides pour la création
de postes d'aides-bergers et des moyens matériels correspondants
(cabanes, moyens de communication, systèmes de portage,.).
- Réforme du système
d'indemnisations et remplacement par la mise en place
d'une assurance "grands prédateurs".
- Généralisation
de l'usage de chiens de protection (mise à disposition,
formation, ....).
- Amélioration des réseaux
de collecte des informations et de référents
institutionnels (profession, DDAF, ONC, ONF, FNE), moyens accrus
pour le suivi scientifique et l'acquisition de données
issues de l'expérience d'autres pays.
- Renforcement des moyens d'études
techniques pour adapter la conduite des troupeaux à
des situations naturelles diversifiées.
Au-delà, il est absolument
nécessaire que les éleveurs et bergers soucieux
d'accroître la protection de leur troupeau soient aidés,
à la fois sur d'éventuelles nouvelles zones de
présence du loup et sur les territoires où il est
déjà installé : il faut viser la mise en
place d'une aide forfaitaire destinée aux éleveurs
travaillant en présence du loup, de nature à favoriser
les éleveurs s'investissant sérieusement dans la
prévention.
Pour l'ensemble de ces objectifs,
les moyens financiers nécessaires doivent être assurés
de façon pérenne par la collectivité (agriculture,
environnement) et sont parfaitement supportables quand on connaît
les milliards inutilement engloutis dans certains secteurs de
l'agriculture productiviste. De plus, la recherche de fonds complémentaires
d'origine privée pourrait être initiée dans
le cadre de la création d'une fondation "Faune sauvage
- Grands prédateurs", à l'instar de ce qui
existe dans d'autres pays.
Si les solutions de " zonage
" ne sont pas réalistes, il pourra s'avérer
nécessaire d'autoriser exceptionnellement et ponctuellement
des actions de retrait du territoire (capture ou tir), après
avoir défini le niveau de développement de la population
capable d'assurer la survie de l'espèce. Certains secteurs
difficiles à protéger pourront faire l'objet de
mesures particulières.
Le retour du loup : l'occasion
d'un débat sur la diversité biologique et la gestion
durable des territoires
Les Verts en appellent à
tous les responsables agricoles, administratifs et politiques
pour tenter de relever le défi de la cohabitation du loup
avec le développement durable des activités agro-pastorales.
Dans certains cas, le loup, comme
les grands ongulés, constitue un facteur favorisant certains
créneaux de l'économie touristique locale.
Nul n'ignore les difficultés
actuelles des éleveurs, mais la mise en ouvre des propositions
ci-dessus peut apporter rapidement de réelles améliorations.
Il faudra du temps, du suivi, des remises en cause ou des réévaluations
en cas d'échec.
Le retour du loup agit comme
un révélateur des difficultés de la profession
ovine. Il doit être l'occasion d'un réévaluation
des politiques publiques dans ce domaine, condition fondamentale
de la pérennité de cette filière.
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