|
Dossiers | Le
Loup
Conférence de presse
ministérielle 19 juillet 2004
Serge Lepeltier,
Ministre de l'Ecologie :
Plan d'action
"Loup"
Pour le Ministre de lEcologie
et du Développement Durable, vous réunir pour évoquer
les populations de loup en France et vous révéler
les premières décisions relatives à sa gestion
relève dune cause positive.
Que le loup soit revenu naturellement
dans notre pays à partir dun noyau de population
installé dans les Alpes italiennes et suisses, quil
ait en une dizaine dannées réinvesti de manières
pérennes des espaces doù il était
absent depuis le début du vingtième siècle
est, pour tous ceux qui, en France, sinquiètent
de la perte de biodiversité, un bon indice.
Toutes les évolutions
de la nature auxquelles nous assistons ne sont donc pas négatives.
Ce retour du loup est aussi la preuve que notre pays abrite encore
des écosystèmes suffisamment riches et suffisamment
équilibrés pour accueillir la totalité de
leurs composants jusquau prédateur quest le
loup.
Déquilibre, cest
précisément ce dont il est question aujourdhui.
Ce dynamisme démographique
et cette formidable vitalité des populations de loup introduisent
un déséquilibre dans la gestion de ces espaces
telle quelle préexistait.
Tout le monde sait que le loup
attaque les troupeaux de brebis et y provoque de nombreux dégâts.Non
maîtrisées, non prévenues, ces attaques induisent
lorsquelles se multiplient des menaces sur la pérennité
même des systèmes agricoles concernés.
Lenjeu du retour du loup
et de ses effets ne se réduit pas, loin de là,
à un schéma simple où il y aurait la nature
dun côté et léconomie de lautre.
Lécologie est en
jeu des deux côtés : du côté du loup
mais du côté des brebis aussi, de leurs éleveurs
et de leurs bergers dont la présence assure lentretien
et la pérennité despaces montagnards ouverts,
donc plus diversifiés et plus riches, plus sûrs
aussi car en secteurs menacés dincendie le pâturage
contribue à entretenir des pare-feu.
Les difficultés actuelles
des éleveurs, leurs inquiétudes pour lavenir
et, pour certains dentre eux, leur détresse ne sauraient
être passées sous silence.
Mon analyse est que leur fonction
est essentielle à léquilibre et à
la richesse de lécologie de lespace montagnard,
équilibre et richesse qui ont aussi favorisé le
retour du loup.
Nous sommes donc, depuis 2002,
année où les attaques se sont soudainement multipliées,
à une étape charnière.Le loup sest
installé durablement. Plusieurs meutes occupent de façon
pérenne, cest à dire depuis deux voire parfois
trois hivers certaines zones. Le nombre total danimaux
dénombré sélève à un
peu moins dune quarantaine, ce qui laisse supposer une
population dun peu plus de cinquante loups.Les naturalistes,
et moi-même, souhaitons continuer à voir progresser
cette population. Mais dores et déjà la question
de sa cohabitation avec lhomme est crûment posée.
Mes décisions doivent
à la fois veiller à maintenir la population de
loups sauvages dans un bon état de conservation et en
même temps chercher à limiter la pression de ces
animaux sur lélevage ovin. Parallèlement
les questions posées par cet élevage de montagne
à mon collègue de lagriculture Hervé
GAYMARD, changent de nature. Sy ajoute désormais
une composante essentielle qui est la protection des troupeaux
: lachat et le dressage des chiens, la pose de clôtures,
laménagement des maisons de bergers en altitude
et la mise en place des systèmes daide adaptés,
la recherche de la plus grande simplicité possible des
procédures administratives, etc...
Il sagit de recréer
les conditions dune plus forte présence humaine
autour de troupeaux en altitude.
Ensemble, le Ministre de lagriculture
et moi-même cherchons donc à trouver les conditions
dune bonne compatibilité entre la présence
pérenne du loup et le maintien des activités pastorales
de haute et de moyenne montagne.
Pour ce qui me concerne, la visite
que jai effectuée le 8 juillet dans les Alpes de
Haute Provence ma convaincu dadopter une optique
différente de ce qui métait proposé
dans le premier projet de « Plan daction loup 2004-2008
».
Jy ai en effet perçu
la volonté de maîtriser le dynamisme démographique
du loup en le confinant, plus ou moins explicitement à
larc alpin.Or, il est illusoire de penser, compte tenu
du dynamisme de cette population et de la capacité de
lespèce à explorer et occuper de nouveaux
territoires, que le loup sarrêtera sur les rives
du Rhône.Les questions qui sont posées par le retour
du loup, cette intrusion de la nature dans ce quelle a
de plus sauvage au cur de nos sociétés modernes,
ne sont pas posées aux seuls éleveurs mais à
notre société tout entière.
Nous devons être clairs.
Préserver le loup, cest accepter que dautres
départements que les départements alpins soient
à terme confrontés à sa présence.
Je me place dans lattitude
den accepter son retour comme un signe positif, den
accompagner lexpansion géographique, de lexpliquer
et den permettre lacceptation par tous.
En revanche, il me paraît
essentiel de limiter localement la pression du prédateur.
A la fois par respect pour les personnes directement touchées,
dans leur activité économique par les attaques
et pour lintérêt même de lécologie
montagnarde, pour qui le maintien de pastoralisme est un gage
déquilibre.
Quil soit donc bien clair
que ma démarche nest pas de prétendre «
réguler » globalement le dynamisme de cette population
de loup mais dinaugurer, et, pourrait-on dire sagissant
dun début, dexpérimenter des prélèvements
tout à fait exceptionnels, donc limités aux secteurs
où la pression de lespèce est extrêmement
forte.
Dans cette optique, je souhaite
donc vous faire part des deux décisions que jai
prises :
* La première est
dautoriser les préfets des départements des
Alpes de Haute-Provence, des Hautes-Alpes et des Alpes-Maritimes,
à procéder à des prélèvements
dans les secteurs où de manière récurrente,
les années passées et cette année, des attaques
ont eu lieu malgré les moyens de protection mis en uvre.Ces
prélèvements ne pourront avoir lieu que dans le
plus strict respect des conventions internationales auxquelles
notre pays a souscrit en particulier la convention de Berne.
Cest pourquoi jinsiste
sur le caractère récurrent des attaques et sur
lobligation de vérifier préalablement que
les éleveurs attaqués du secteur envisagé
pour un tir ont bien mis en uvre les moyens de protections
adaptés.
Bien entendu les prélèvements
seront effectués par des gardes assermentés.
Ces prélèvements
ne pourront porter que sur un effectif total de quatre animaux
dici à la fin de 2004. Ce chiffre correspond à
10% de leffectif danimaux certain et à la
moitié du taux annuel minimum estimé daccroissement
de la population.
Afin de ne faire courir
aucun risque au maintien de cette population dans un état
de conservation favorable, je limiterai à trois animaux
le maximum autorisé sil savérait au
vu des rapports qui me seront immédiatement adressés
que les trois premiers animaux tirés sont des femelles.
Par rapport aux préconisations
qui mont été adressées, jadopte
donc une attitude doublement prudente :
- La première en
ne fondant le nombre maximum de prélèvements que
sur le chiffre de la population connue (39) et non sur celui
de la population estimée (55).
- La seconde, en introduisant une précaution supplémentaire
relative au sexe des animaux prélevés.
* La seconde décision
est de soumettre sans tarder au débat public la question
de lextension du loup au-delà de larc alpin.
Il est en effet essentiel
que nos concitoyens aient, à loccasion dun
large débat, la possibilité de découvrir
cette donnée nouvelle et den évaluer les
conséquences de manière contradictoire de façon
à dégager par avance les principes dune bonne
gestion de cet événement.
Il est très probable
que dores et déjà des individus isolés
ont essaimé au Nord et à lOuest du Rhône,
sans que personne aujourdhui en ait encore conscience,
le loup étant un animal discret et fuyant lhomme.
Ce retour du loup dans
notre pays au-delà des secteurs de montagne faiblement
occupés par lhomme soulève une série
de questions pour lesquelles lattitude de chacun dentre
nous relèvera autant, sinon davantage, de la passion,
de la priori idéologique, que de la raison.
Loin de moi lidée
de condamner telle ou telle opinion ou attitude.
Bien au contraire, je crois profondément que cest
rendre service à la nature et à notre société
que de mettre en débat cette question.
Derrière le loup cest
la nature tout entière qui interroge notre société.
Cest la place que nous sommes prêts à lui
concéder. Cest la tolérance que nous lui
accordons pour venir perturber lévolution de nos
modes de vie.Cest aussi notre tolérance au changement
et à la nouveauté.
Car la nature cest la vitalité
même. Si nous acceptons de lui laisser davantage de place,
elle nen a pas fini de nous poser des problèmes
nouveaux.Mais je pose la question : nest-il pas plus passionnant
et finalement plus sain dapprendre à gérer
tous ensemble et solidairement ces problèmes plutôt
que de multiplier les programmes de sauvetage despèces
en voie de disparitions ?
Nous aurons su progresser sur
ces sujets et façonner une société plus
moderne mais aussi plus unie, si nous parvenons, par le dialogue
et le compromis, plutôt que par la jurisprudence administrative,
à décider.Je demande donc au groupe de travail
sur le loup qui a jeté les bases de nos réflexions,
de poursuivre ses travaux de façon assidue.
Il sagira de continuer le travail dévaluation
de la population de loups, de son dynamisme, de son extension
géographique ; ceci afin daméliorer et de
diversifier les moyens de rendre compatible le pastoralisme et
la présence permanente du loup.
Il sagira aussi de préparer les éléments
dun important débat national sur le loup en vue
dun prochain contact avec la Commission Nationale du Débat
Public.
|