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Loup
Note à
l'attention des commissions "Agriculture et Monde Rural"
et "Environnement" du Conseil Régional Rhône-Alpes
par Eric ARNOU - Mars 2003
Conseiller Régional
Rhône-Alpes (Ardèche) au sein du groupe des Verts,
Président de la Commission "Développement
Rural et Agriculture" au Conseil Régional, Vice-Président
du Parc Naturel Régional du Vercors (délégation
à la biodiversité), Membre du CNIR, Eric Arnoux
nous propose dans cette note les principaux éléments
du débat...
Sommaire
- 1 - Les formes du débat.
- 1.1 - Un débat caricatural.
- 1.2 - L'avis des départements
Verts.
- 1.3 - Débat à
la FRAPNA (Rhône-Alpes).
- 1.4 - Méthode de travail.
- 2 - Mon approche et l'expérience
du Vercors.
- 2.1 - Le risque d'éradication.
- 2.2 - Positions développées
au Parc Naturel Régional du Vercors.
- 2.3 - Trois ans après.
- 2.4 - Conditions de la "
réussite ".
- 2.5 - Limites de la " réussite
".
- 2.6 - Conclusion.
- 1 - Les formes du débat
- 1.1 - Un débat caricatural.
De manière caricaturale, deux positions antagonistes sont
apparues au sein de la société (pro et anti loup),
et donc plus ou moins fatalement au sein des Verts. Notre appartenance
commune à ce parti n'implique pas que nous soyons d'accord
sur tout, et nous ne vivons pas tous les mêmes réalités
territoriales. Pour les uns le retour du loup est une chance,
pour les autres c'est d'abord un problème épineux
à gérer.
La tentation est grande d'en
faire un débat fondamental de philosophie sur la place
du sauvage et sur celle de l'homme sur notre planète.
Je ne nie pas que ces positions préexistent à l'intérieur
de chacun et qu'elles participent du débat. Cependant
discuter uniquement sur cette base présente plusieurs
inconvénients.
Les différences de point
de vue sont irréductibles, donc cela deviendra un conflit
philosophique entre nous (les Verts) avec des vainqueurs et des
vaincus. Les Français sont friands de ce genre d'affrontements.
La bagarre sera terrible et des personnes qui font du bon travail
sur plein d'autres sujets seront humiliées et marginalisées
!
Nous n'accoucherons pas de positions
opérationnelles. Alors, sur le terrain, la société
réglera le problème sans nous, voire contre nous.
- 1.2 - L'avis des départements
Verts.
Il est intéressant de constater la diversité des
positions des Verts dans chacun des départements concernés
par la question. J'avais commencé ce travail lorsque j'étais
délégué à l'environnement au C.E.
Il resterait à parfaire.
En octobre 1998, les Verts-Ardèche,
attaqués sur ce sujet dans les journaux agricoles, prennent
une position contre un éventuel retour du loup dans "leur"
département (c'était un peu naïf, le loup
ne sait pas lire les panneaux indicateurs !). La position était
nuancée, dénonçait les manipulations de
la FNO et parlait de régulation. Mais les "pro-loups"
Verts et le MATE ne retenait qu'une partie du discours pour le
combattre (aboutissant à la désastreuse intervention
de D. Voynet à l'AG de l'ANEM à Villard-de-Lans).
En 1999, un texte rédigé
par D. Carel (83) et P. Garnon (04) pour les Verts de ces départements
demandait déjà "la régulation de la
présence du loup" (c'est-à-dire que l'on abatte
cet animal lorsqu'il s'avère trop agressif ou trop nombreux),
ceci parmi bien d'autres mesures.
En octobre 1997, les Verts 06
préconisait la protection "passive" mais aussi
"active" avec la "remise en service actif de la
louveterie" et la "promotion d'un cadre d'autodéfense
des troupeaux par les bergers".
En novembre 1999, les Verts Région
Savoie admettent que "des mesures de restriction en direction
du loup seront peut-être nécessaires après
avoir arrêté ce plan et le niveau de population
capable d'assurer la survie de l'espèce".
Tous les textes cités,
issus de réflexions collectives dans notre mouvement :
- affirment que les activités
agro-pastorales jouent un rôle indispensable économique,
social et environnemental ;
- admettent une possible régulation
du loup.
Cependant, les Verts Hautes-Alpes
et Isère ont été plus "pro-loup".
Je ne connais pas l'évolution des Verts Hautes-Alpes mais
je sais, pour avoir échangé avec plusieurs de leurs
responsables que les Verts-Isère sont beaucoup plus réservés
sur la présence du loup qu'ils ne l'étaient deux
ans plus tôt.
Enfin, les positions des uns
et des autres évoluent avec le temps et en fonction de
l'augmentation ou de la diminution des dégâts sur
troupeaux attribués au loup. D'une manière assez
banale (mais aussi pas très bonne pour l'image des Verts),
les choses se passent en deux temps :
- avant ou au début des
attaques de loup, la position est plutôt "pro-loup";
- au bout d'un certain temps,
on se met à nuancer et à parler de régulation
comme l'expose les textes cités infra.
Pour conclure cette partie, nous
devons prendre acte que de nombreux militants et élus
Verts ont été en désaccord soit entre eux,
soit avec la position officielle de leur parti (ou supposée
comme telle). Et nous devons donc reprendre le travail.
- 1.3 - Débat à
la FRAPNA (Rhône-Alpes).
Je me suis interrogé sur la position du "Groupe loup"
de la FNE. Il n'y a pas unanimité à la FRAPNA sur
cette question. L'un de ses principaux responsables m'a confié
être irrité par les positions de ce groupe qu'il
juge "passionné et sans nuances". Le
président de la FRAPNA Ardèche estime "qu'on
ne peut obliger les gens à avoir peur". Etc.
Comme quoi, les protecteurs de la nature se posent aussi des
questions.
Il convient donc de se saisir
de la question sur un mode plus pragmatique. Les positions varient
beaucoup en fonction de la réalité territoriale,
professionnelle et citoyenne que chacun vit.
Je vous propose donc une approche
à la fois transversale et territoriale qui sur le plan
méthodologique devrait mettre en relation les faits, les
perceptions des faits, les structures et les dynamiques spatiales
des territoires, les dynamiques de biodiversité, la diversité
des systèmes d'exploitation, la diversité des terrains,
la situation de l'espèce, les contraintes politiques et
syndicales, la temporalité, les aspirations des différentes
composantes de la société et bien sûr nos
objectifs (j'ai oublié l'âge du capitaine !).
Je pense donc qu'il est temps
de procéder à un échange d'expériences.
A titre personnel, je peux affirmer que la rencontre que nous
avions eu à Grenoble avec J-P Raffin (avec J-D Abel et
J. Chenais) du temps où il était au MATE m'a beaucoup
apporté et m'a permis assez longtemps après de
proposer une approche empirique aux éleveurs et transhumants
du Vercors (cf. un peu plus loin).
Par ailleurs, je formule deux
réserves vis-à-vis du passé qui sont aussi
deux propositions pour la suite du travail :
- La position des Verts sur la
question du loup ne peut être prise à partir d'
un débat au sein de la seule Commission Environnement.
Elle concerne au moins autant la Commission Agriculture et Monde
Rural.
- Le travail de la Commission
Environnement sur un sujet qui a une portée territoriale
aussi marquée ne peut s'opérer sans une consultation
des Verts (départements, groupe infra-régionaux)
sur le terrain, et particulièrement des militants qui
assument le problème dans leurs territoires, dans leur
société (il est plus facile de parler du loup dans
la Beauce que dans les Hautes-Alpes). Ce processus avait été
amorcé fin 98 mais je n'ai pas l'impression qu'il ait
abouti.
- Mon approche et l'expérience
du Vercors.
- 2.1 - Le risque d'éradication.
L'éradication est demandée par la frange dure du
syndicalisme ovin qui défend cette mesure comme la seule
acceptable et possible. Inversement, les protecteurs du loup
l'invoquent régulièrement comme un danger plausible.
Examinons cela.
Mon approche part d'une discussion
avec Jean-Pierre Raffin (réunion de Grenoble). A l'époque,
il me dit que même si l'on voulait éradiquer le
loup en France, on ne le pourrait pas en dessous un certain effectif
(faible, quelques dizaines en France) car il serait introuvable
dans l'immensité des couverts boisés montagnards
du sud-est.
Pour affiner ce raisonnement,
j'ai fait appel à mes travaux de géographe et je
me suis posé la question des conditions l'éradication
du loup à la fin du 19ème siècle.
En ce qui concerne le couvert
végétal, j'ai repris les premières séries
de photos et de cartes postales de la fin du 19ème ou
du début du 20ème (un de mes amis en collectionne).
Puis les photos aériennes de la campagne de1950.
C'est dernières sont peu
lisibles mais une évidence apparaît : l'espace rural
est raclé, le couvert végétal faible et
les sous-bois entretenus. Tout cela était le fruit d'une
surexploitation de la montagne pendant les années de la
guerre (39-45) et de l'après-guerre causée par
les contrecoups des prélèvements allemands, l'alimentation
et le bois de chauffage rare, la venue de nombreux réfugiés
puis prisonniers dans ces zones, etc.
Si l'on reprend les travaux des
démographes et des agronomes, on peut admettre que le
couvert végétal était sans doute aussi clairsemé
à la fin du 19ème qu'en 1950, sinon plus (les très
vieilles photos, rares, l'attestent), et que la population était
très nombreuse (le maximum que l'on n'ait jamais atteint
dans ces zones). De plus cette population était très
disséminée dans l'espace. Certaines personnes vivaient
même en permanence dans les forêts (charbonniers
par exemple).
Donc, les conditions historiques
d'éradication du loup ont été un couvert
végétal faible (le plus faible qui n'ait jamais
été) et une forte présence humaine dans
les montagnes (la plus forte qui n'ait jamais été).
Encore a-t-il fallu mettre le feu à certains bois pour
tuer les derniers loups.
Je pense donc que les propos
de J-P Raffin sont justes. Depuis que je parle de cela, des scientifiques
acquiescent, des agents de l'ONC et de L'ONF, et même des
"ruraux de base" commencent à en convenir. De
ce fait, je crois que si des dérogations à la Convention
de Berne étaient admises (la régulation, pas l'éradication),
cela ne conduirait pas à la fin du loup. D'ailleurs, le
loup est tiré clandestinement en Italie (et probablement
ailleurs) et il n'a pas disparu.
- 2.2 - Positions développées
au Parc Naturel Régional du Vercors.
Je suis vice-Président du Parc Naturel Régional
du Vercors avec la délégation aux questions de
biodiversité. Je m'occupe entre autre de la réintroduction
du bouquetin, du vautour (ça commence à bien marcher
!), du loup, de la réserve naturelle (la plus grande terrestre
de France) en collaboration avec Catherine Brette (CG verte dans
l'Isère), et tout un tas d'autres trucs.
Un seul est vraiment conflictuel
: le loup. Suite à l'approche sur l'éradication
que je viens d'exposer, j'ai développé l'argumentation
suivante il y a environ trois ans :
L'élevage ovin est une
activité indispensable dans les milieux montagnards, particulièrement
méditerranéens (ou proches de ceux-ci). Il permet
de maintenir un espace ouvert, riche de bio-diversité,
agréable à vivre, limitant le risque de grands
incendies, et permettant de développer un autre tourisme
que le strict "bronze-cul", ce qui est bon pour l'économie
et la vie locale.
Ajoutons que l'élevage
ovin de ce type fournit une viande de qualité (ou en tout
cas peut le faire) fondée sur la pâture et non sur
toute une série d'aliments douteux.
Même s'il n'en est pas
forcément conscient, il participe donc à la lutte
contre la "macdonalisation". Il y a un "lien au
sol", ce que réclame tous les partisans d'une alimentation
saine et non exploiteuse du Tiers-Monde.
Je suis contre la présence
du loup dans les zones de moyennes montagnes parce que cette
présence est difficilement compatible avec les systèmes
d'exploitation ovins, pas seulement ceux des grands transhumants
mais aussi et surtout ceux des petites et moyennes exploitations
de pentes. Elle est une goutte d'eau qui fait déborder
le vase des difficultés actuelles de l' élevage
ovin. Elle rend la vie très difficile aux bergers qui
sont acculés au surtravail et à l'anxiété
permanente (leur exaspération vient autant de ces facteurs
que des pertes elles-mêmes).
En revanche, je suis convaincu
que ceux qui réclame l'éradication du loup en France
entraînent les éleveurs sur une fausse piste et
les conduisent droit dans le mur. Car si l'éradication
totale du loup est impossible (j'ai exposé les arguments
développés plus haut) alors les attaques continueront
et les éleveurs continueront à souffrir. Ce n'est
donc pas rendre service aux éleveurs que de leur raconter
qu'un coup de baguette magique va tout résoudre, c'est
les tromper.
Il faut donc non pas rechercher
l'éradication (impossible) mais la régulation,
afin de ne pas se laisser déborder par un effectif trop
nombreux de loups. Les loups agressifs avec les troupeaux doivent
être repoussés et/ou abattus. Il faut rendre les
loups craintifs vis-à-vis de l'homme et des troupeaux
(ce qui se passe apparemment en Italie). Ainsi, peu nombreux
et méfiants, ils se rabattront sur les grands ongulés
(le Vercors n'en manquent pas).
Parallèlement, il est
impératif d'améliorer les dispositifs de prévention
en partenariat avec les éleveurs, dispositifs dont la
pertinence apparente se heurte à de véritables
difficultés vécues de mise en ouvre. Ces dispositifs
ne doivent pas coûter aux éleveurs. Idem pour les
dispositifs d'indemnisation qui sont trop complexes, trop bureaucratiques.
Les dispositifs de prévention
et d'indemnisation ne doivent pas faire l'objet d'un "zonage".
Que l'on soit sur les Hauts-Plateaux dans la réserve,
où sur les pentes et hors réserve, les dangers
d'attaques sont ou seront rapidement les mêmes. Il faut
donc anticiper sur la diffusion du loup dans une zone plus large
car les décisions administratives sont peu réactives
et se prendront toujours en retard par rapport à la situation
réelle.
Cette position a été
votée " grosso-modo " au Bureau du Parc Naturel
Régional du Vercors et reprise par la Fédération
Nationale des Parcs Régionaux. Elle a été
développée lors d'une réunion d'un cinquantaine
de personnes (éleveurs, parc, élus, DIREN, services
départementaux, garderie, O.N.F., etc.) le 12/10/2000
à Pont-en Royans). Elle a fait l'objet d'un consensus
et a amené le syndicat des transhumants à accepter
de collaborer à la mise en ouvre de mesures de prévention
renforcées (en début de réunion, ils s'y
refusaient).
Les mesures ont été
mises en place. Il a fallu souvent harceler les différentes
administrations pour qu'elles le soient dans des temps compatibles
avec celui des systèmes d'exploitations. Elles concernent
principalement des transhumants séjournant quatre mois
sur les Hauts-Plateaux et gérant plusieurs milliers de
brebis chacun.
Je n'en ferai pas le détail
ici. Il est clair que ceux qui les ont acceptées (presque
tous) ont énormément limité les dégâts
dus au loup. Mais il est clair aussi que le loup demeure une
contrainte forte et met souvent les bergers "sur les nerfs".
Et contre cette tension, il n'y a pas de mesure évidente
(le yoga peut-être !).
Les troupeaux sur les Hauts-Plateaux
de la Réserve Naturelle étant bien protégés,
les loups commencent à attaquer à sa périphérie
(pas cons les loups). D'où l'absolue nécessité
d'étendre les moyens et la géographie du programme
de protection.
Le loup a parfois un comportement
inquiétant. L'attaque de Chichilianne à environ
100 m du village dans une bergerie a mis ce village en émoi.
Les vieilles peurs sont revenues, très concrètement
(notamment vis-à-vis des enfants qu'on laisse seuls aller
prendre le ramassage scolaire). Le fait que "Un roi sans
divertissement" de Giono se passe là-bas n'améliore
sûrement rien. Dans ce bled perdu, les gens se divisent.
Il est clair que l'attaque a eu lieu chez un éleveur qui
n'avait pas mis en place les mesures de protection. Je me rends
bientôt dans ce village.
Les "patous" (gros
chiens de protection) ne sont pas toujours rassurants pour les
autres usagers de la montagne. Compte tenu de la force de ces
animaux, ils ne sont pas sans risque pour les hommes.
Les éleveurs transhumants
sont conscients que nous avons "mouillé la chemise"
pour eux. Certaines "grandes gueules" nous agressent
un peu (cas de la dernière réunion à la
Chappele en Vercors) mais avec les autres, ça va. En revanche
la Fédération des Alpages joue la carte de la commission
Estrosi comme avant-première de l'éradication.
Face à cela, je les accuse de démagogie et dit
que ce qui importe, c'est de dégager des moyens pour protéger
les troupeaux.
Nous avons maintenant des preuves
sur la venue "naturelle" du loup (analyse ADN) et sur
sa grande mobilité (toujours analyse ADN). Jusqu'à
maintenant il y avait une louve (la même depuis quatre
ans) et deux mâles (jamais les mêmes d'une année
sur l'autre). Récemment, les gardes de la réserve
ont repéré quatre traces distinctes.
La commission Estrosi s'est intéressée
à nous et à notre expérience. J'ai été
auditionné (Die) avec le Président et le Directeur
du P.N.R. avec lesquels je forme un "front soudé".
Pour des raisons légales, je ne suis pas autorisé
à vous révéler le contenu des entretiens.
- 2.4 - Conditions de la "
réussite ".
L'expérience du Vercors
est à peu près satisfaisante. Sauf pour les nerfs
de certains bergers. Les conditions de cette réussite
sont :
- Antériorité d'une
bonne relation P.N.R. - transhumants (le Parc a pendant longtemps
investi dans l'amélioration du confort des transhumants).
- Importance des effectifs. Ces
bergers ont des moyens financiers, matériels et du personnel
(au-delà de l'appui des aides-bergers). Ils ont de la
surface financière.
- Grande visibilité sur
les lieux (plateaux - couvert végétal pas trop
dense partout). Dès que la visibilité baisse (jour
de brouillard et/ou de pluie), les attaques sont plus dures à
parer.
- Spécialisation de l'activité.
Les bergers n'ont pas d'autres activités, contrairement
aux agriculteurs de moyenne altitude (fenaisons par ex.).
- Saisonnalité de la présence
des troupeaux. Il est plus facile de "mettre le paquet"
en moyens et en vigilance sur quatre mois que sur une année
entière.
- Présence d'une population
de grands ongulés "sauvages" (mouflons, chamois,
bouquetins, chevreuils, cerfs) et d'autres "proies"
de plus petites dimensions. Elles permettent au loup de ne pas
se nourrir uniquement sur les brebis.
- Isolement de l'expérience
(pas de population résidente sur les Hauts-Plateaux).
- Importants moyens financiers
d'origine publique (LIFE et autres). Ils permettent la rémunération
d'aides-bergers, l'installation de cabanes de couchage (merci
l'hélicoptère), l'achat, le dressage et l'alimentation
de gros chiens, l'achat de divers matériels.
- Une implication de quelques
"politiques" du P.N.R. qui ont réussi à
convaincre les autres (pas tous !) d'avancer dans le problème.
- 2.5 - Limites de la "réussite".
Elles se déduisent principalement
de ce qui vient d'être énoncé au paragraphe
précédent. Elles se rencontrent notamment en moyenne
montagne méditerranéenne (mais certains coins de
Savoie connaissent certaines d'entre elles. Ex : les petits troupeau
à l'alpage des pluri-actifs surveillés de loin
pendant les fenaisons faites 1000 m plus bas). Ce sont principalement
:
- Un fort couvert végétal
(absence de visibilité)
- Un relief très accidenté
(idem)
- Des petites ou moyennes exploitations
moins spécialisées et/ou pratiquant la fenaison
(et/ou avec pluri-activité), avec souvent une personne
seule (le conjoint travaillant " à l'extérieur
").
- Des troupeaux " l'année
", parfois parqués.
- Un climat chaud obligeant les
brebis à pâturer la nuit, au crépuscule ou
à l 'aube (visibilité, contrainte de gardiennage)
Au fur et à mesure que
la protection des troupeaux sera efficace sur les Hauts-Plateaux,
les loups vont "descendre" en périphérie.
Nous pourrons au début étendre géographiquement
les mesures énoncées si des moyens publics y sont
affectés.
Au-delà, c'est-à-dire
à partir des zones de moyennes montagnes (Diois entre
autre), l'affaire deviendra très difficile à gérer
(cf par. précédent). Elle supposerait au moins
quasiment un aide-berger salarié par troupeau financé
sur aides publiques (puisque la rentabilité de cette production
déjà très fortement aidée permet
à peine de fournir le revenu de l'éleveur). C'est-à-dire
plusieurs milliers. Sans compter des milliers de chiens patous;
et les réactions des populations locales dont on sait
quelles sont promptes à s'émouvoir (mais des milliers
d'emplois d'aides-bergers pourrait peut-être faire passer
la pillule).
Tout cela est peu réaliste.
Il se peut que d'ici de là des "îlots d'acceptation
du loup" se créent (il faudra alors les aider financièrement
car de toutes manières les contraintes sont fortes). Mais
dans la plupart des cas, la régulation qui consistera
à repousser les loups vers les "grandes solitudes"
devra probablement être mise en oeuvre.
Dans le cas contraire, le pugilat
qu'il en résulterait pourrait causer beaucoup de dégâts
aux autres procédures agri-environnementales et les risques
de pratiques d'empoisonnement deviendraient élevés
avec toutes les énormes conséquences que cela aurait
sur une partie de la faune sauvage.
P.S. : sur la question de la biodiversité, je
m'interroge. En effet, si la présence du loup conduisait
à stopper les transhumances dans la réserves, nous
aurions un envahissement par les pins à crochets et une
disparition de la pelouse d'altitude qui est aussi un réservoir
de bio-diversité (idem plus bas pour les prairies de pentes
et donc leurs orées). Question aussi vis-à-vis
des coqs de bruyères (dérangements et attaques
pendant l'hiver). Finalement, les défenseurs acharnés
du loup ne sont-ils pas en train de faire un choix emblématique
parmi diverses configurations possibles de biodiversité
?
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