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Dossiers | Le
Loup
Les Verts-Ardèche
se prononcent contre le retour naturel du loup dans leur département
- Pourquoi ?
Les Verts-Ardèche
- Octobre 1998
Suite à une campagne de
presse dénonçant les écologistes, l'Assemblée
Générale des Verts-Ardèche du 18/10/98 a
pris plusieurs positions concomitantes sur la question de la
réapparition du loup :
- dénonciation de la manipulation
syndicale de la FNO sur cette question et à l'occasion
de la manifestation de Lyon le 15 Octobre ;
- affirmation que les problèmes
de l'élevage montagnard relèvent d'abord de la
concurrence du secteur productiviste ;
- rappel que, le premier grand
prédateur de l'agriculture de notre département
est en ce moment le sanglier, et que la responsabilité
du monde de la chasse est écrasante dans cet état
de fait ;
- refus d'une réimplantation
du loup dans notre département, (une proposition identique
sera faite aux départements limitrophes);
- volonté d'arriver à
une réflexion opérationnelle qui concilie protection
de l'environnement et développement local ;
- affirmation que les Verts-Ardèche,
par leur forte implantation rurale et leur expérience
de gestion des collectivités peuvent apporter des éléments
solides et utiles dans cette réflexion ;
- engagement d'un dialogue avec
le monde agricole et le monde scientifique sur ces sujets ;
- décision de faire la
promotion de ces positions au sein du mouvement Les Verts.
- Nos arguments : un danger
politique majeur
La décision de s'opposer
à la venue "naturelle" du loup peut surprendre
venant de la part d'écologistes. Pourtant cette décision
s'est imposée "naturellement" à la plupart
d'entre nous. Plusieurs séries d'arguments nous motivent
dans ce choix.
Habitants des bourgs, des villages
et des hameaux, résidant dans un pays à l'habitat
extrêmement dispersé, la plupart du temps au contact
d'espaces "sauvages", mais faisant aussi vivre la montagne
par notre travail d'aménagement, nous ne nous sentons
pas prêts à accueillir cet animal. Certes, le discours
des "partisans" du loup et notamment des scientifiques
se veut rassurant en invoquant les cas de l'Italie et de l'Espagne.
Mais un discours scientifique, surtout lorsqu'il porte sur le
social ou l'éthologique, n'est jamais que l'état
d'une question à un moment donné et dans des conditions
d'observation précises, pas une vérité première.
L'agriculture et l'élevage
de montagne connaissent de grandes difficultés qui viennent
s'ajouter aux contraintes de vie difficiles propre au milieu
montagnard. La présence du loup ne serait qu'une difficulté
de plus parmi d'autres, mais une difficulté de trop. La
goutte d'eau qui fait déborder le vase. Nous tenons aussi
à dire que l'indemnisation du bétail attaqué
ne répare pas tout. Être éleveur aujourd'hui
est de plus en plus un choix. Un choix difficile qui implique
une affection pour ses bêtes. Qui n'a pas passé
des jours et des nuits dans sa bergerie à du mal à
comprendre le dégoût qui s'empare d'un éleveur
devant ses animaux massacrés. L'argent ne fait pas tout.
Un éleveur n'est pas un boursier !
Il ne suffit pas de démontrer
que le retour du loup ne pose pas de problème. C'est oublier
que l'être humain ne fonctionne pas exclusivement sur le
rationnel mais aussi sur son imagination, ses fantasmes. Or le
loup, de par la place qu'il occupe dans la mémoire collective
est propre, à tous les fantasmes. Et la montée
du Front National nous a démontré que le fantasme
pouvait très bien fonctionner en politique.
Enfin, nous sommes confrontés
à un très fort mouvement CPNT (Chasse, Pêche,
Nature et Tradition). Celui-ci terrorise les élus et la
population au point de menacer la réalisation du Parc
Naturel Régional, le classement du Mont Mézenc,
Natura 2000, la randonnée, etc. Une catégorie de
ruraux n'a, dans l' ensemble, pas encore rejoint ce mouvement
: celle des agriculteurs. Ces derniers ont une réflexion
beaucoup plus raisonnable, structurée par un syndicalisme
qui n'est pas prêt à sacrifier ses intérêts
dans n'importe quelle aventure politique. Ils commencent aussi
à comprendre la pertinence des approches agro-environnementales
dans un département comme le nôtre.
Soutenir le retour du loup, c'est
jeter les agriculteurs dans les bras de CPNT et favoriser la
création d'un véritable Front Rural. Ce dernier
aura alors l'implantation suffisante pour bloquer toute mesure
environnementale ou agro-environnementales. Il constituera un
"lobby" ultra-réactionnaire et très puissant.
Il réussira à marginaliser les écologistes
(Verts compris), cassant d'un coup le patient travail d'explication
politique et de développement local que nous effectuons
depuis plus de vingt ans. A vouloir à tout prix gagner
sur ce point, nous perdrons tout !
- Notre réflexion de
fond : associer protection de l'environnement et développement
local
Au-delà du problème
spécifique du loup, les Verts doivent se poser des questions
autour des concepts et des modes opératoires qui ont pour
objectif la préservation des espèces et des espaces
sensibles.
En présentant la question
du loup comme un conflit entre "deux choix de société",
certains de nos amis se trompent. En développant une conception
"fondamentaliste" qui proclame que l'homme doit céder
le pas au "sauvage", ils rejoignent, sans en avoir
conscience, les néo-libéraux qui affirment que
seul le marché compte et que les éleveurs de montagne
non rentables doivent disparaître.
La question est plus complexe.
Pour la première fois, l'homme va devoir à la fois
préserver la biodiversité menacée, condition
de sa survie sur le long terme en tant qu'espèce et aménager
le territoire à l'extrême pour assurer un niveau
et une qualité de vie suffisant à une population
mondiale qui atteindra probablement 10-11 milliards d'individus.
Dans cette optique, en France
et en Europe, sociétés très industrialisées
et urbanisées, on en est venu à devoir protéger
de nombreuses espèces. Mais l'on connaît encore
mal les problèmes de régulation et les effets sur
l'ensemble du système socio-économique et naturel.
D'où de nombreux conflits dans les départements
qui sont encore capables d'accueillir des espèces sauvages
ou faisant l'objet de mesures de protection (sangliers, chevreuils,
cormorans, hérons cendrés, etc.) Nous vivons donc
une période de tâtonnements dont nous ne sortirons
pas de sitôt.
Les populations rurales et montagnardes
ont, dans l'ensemble, moins bénéficié que
d'autres des facilités de vie que la croissance économique
a apportées. Elles s'accrochent difficilement à
leur bout de montagnes ou de vallée. Elles connaissent
les difficultés de l'isolement. Tout d'un coup, les voilà
baptisées "gardien de la bio-diversité",
avec les contraintes réelles ou imaginaires que cela implique.
Autrement dit, agissant sous la pression et la conscience de
gens souffrant des affres du sur-développement, des décideurs
imposent une série de mesures à d'autres gens subissant
les duretés du sous-développement. Hiatus ! Terrain
idéal pour CPNT.
Il ne s'agit pas donc pas d'un
choix entre "deux types de sociétés",
mais du long et incertain cheminement des hommes pour une maîtrise
plus complète de leur avenir. Jeter de l'huile sur le
feu n'apportera rien, ou servira seulement à des "
lobbys ". Mieux vaut s'asseoir autour d'une table, comprendre
les contraintes et les aspirations de chacun, écouter
ce que les spécialistes ont à dire sans en faire
pour autant une religion et essayer d'avancer ensemble. Ensemble,
c'est-à-dire tous ceux qui, ruraux ou urbains, aspirent
à une campagne vivante.
Pour les Verts, cela signifie
s'interroger en termes de concept, de stratégie et de
méthodologie, pour promouvoir en même temps dans
les territoires en difficultés, la protection de l'environnement
et le développement local.
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