|
Dossiers | Energie
> Débat national
Un défi
mondial pour l'avenir :
priorité absolue à la maîtrise de la demande
par
Alain DORANGE, Responsable de la commission nationale "énergie"
des Verts.
- L'énergie
un
défi mondial pour l'avenir
Toute activité suppose
des échanges d'énergie
pas de développement
sans consommation d'énergie. Constat banal mais aux conséquences
considérables quand des milliards d'hommes, chinois, indiens
et autres, sortent enfin du sous développement pour améliorer
leur sort.
Ce développement nous
le voulons, il est indispensable à nos yeux pour aller
vers un monde plus juste et pacifié, mais il nous lance
un défi majeur par les menaces qu'il fait courir à
la planète s'il se fait sur le modèle des pays
occidentaux.
Les chiffres peuvent varier d'un
expert à l'autre mais si on extrapole les tendances actuelles
avec un développement à l'occidentale, même
en tenant compte des économies que peut faire espérer
l'expérience acquise, la catastrophe humaine et écologique
est certaine.
Déjà les tensions
géopolitiques sont là, en Irak, pour le contrôle
des ressources pétrolières.
Déjà la menace
climatique et sanitaire est là sur une partie de l'Asie
avec la présence d'un nuage brun de pollution, à
base d'aérosols et de particules, qui perturbe gravement
le régime des pluies dans le nord de l'Inde, le Pakistan
et l'ouest de la Chine
Il faudrait cinq planètes
pour que le monde entier puisse mener durablement un train de
vie à l'américaine.
- Le développement ne
peut être durable que s'il reste sobre
Pour répondre à
la double exigence de permettre le développement des pays
du Sud et de garder une planète vivable pour nous et nos
enfants, la priorité absolue doit être la maîtrise
de l'énergie, la recherche de l'efficacité énergétique,
la sobriété.
C'est dans les pays développés,
qui seuls disposent d'un fort potentiel de recherche, que peuvent
s'expérimenter et se diffuser partout dans le monde les
techniques performantes pour atteindre ces objectifs.
Aujourd'hui, la France est en
large surcapacité de production électrique dont
elle a exporté en 2001, à perte, 18%. Elle n'a
pas besoin de la production de nouvelles centrales avant 2020
(surtout si la durée de vie des anciennes est poussée
jusqu'à quarante ans) et cela même en l 'absence
d'un programme volontariste sur les économies d'énergie.
Dans une étude «
Un scénario Vert pour la France » nous avons calculé
que les économies d'énergie dans notre pays pourraient
atteindre en 2020 le tiers de notre consommation actuelle, sans
affecter notre qualité de vie.
La même étude montre
qu'il est possible en 25 ans de répondre à nos
besoins, sans construire de nouvelles centrales nucléaires,
uniquement avec des économies d'énergie, le recours
aux renouvelables et aux techniques les plus récentes
utilisant les combustibles fossiles. 137 propositions précises,
allant dans ce sens, ont été faites par les Verts
dans le rapport présenté à L. Jospin, Premier
Ministre, par Y. Cochet .
Après le choix de l'Allemagne
et de la Belgique de sortir à terme du nucléaire,
après la déconfiture économique de la filière
électronucléaire en Angleterre, la France est aujourd'hui
isolée en Europe. Envisage-t-on que notre pays devienne
le réservoir d'électricité nucléaire
européen avec, en prime, les lignes de transport à
assumer, les déchets et le démantèlement
des installations laissés à nos petits enfants
?
- L'avenir des pays riches
: produire et exporter des négawatts
Profitons de ces années
de répit , pendant lesquelles nous n'avons pas besoin
de construire de nouvelles unités de production, pour
lancer un vaste programme d'investissement dans l'efficacité
énergétique, les renouvelables et la modernisation
du parc thermique actuel.
Nous deviendrons ainsi exportateurs
de technologies adaptées aux possibilités techniques
et financières des pays en développement au lieu
de se lancer dans la construction d'une nouvelle centrale (EPR)
de conception déjà dépassée, coûteuse
car ne pouvant pas bénéficier d'un effet de série,
inutilisable et invendable en dehors de quelques pays développés.
Loin d'être un retour en
arrière, la maîtrise de l'énergie et la production
d'énergies renouvelables sont un formidable outil de progrès.
Elles sont fortement créatrices d'emplois, plus que n'importe
qu'elle filière traditionnelle. De plus ces emplois sont
décentralisés, ils font intervenir de nombreuses
entreprises petites ou moyennes. Elle sont une chance pour revitaliser
nos régions si les pouvoirs locaux peuvent et savent s'en
emparer.
Pour cela un effort de recherche
important est nécessaire. Pas sur des perspectives chimériques
industriellement et économiquement comme la surgénération,
en échec depuis des décennies, ou encore celle
de la fusion thermonucléaire contrôlée, qui
absorbent des crédits astronomiques avec un horizon de
réalisation sans cesse reculé. Cela suppose un
rééquilibrage important des crédits de recherche
presque totalement absorbés par le secteur nucléaire
actuellement.
- Pourquoi nous ne voyons pas
d'avenir durable pour la production d'électricité
nucléaire ?
Tous le monde s'accorde à
évaluer à deux milliards le nombre de personnes
n'ayant pas aujourd'hui accès à l'électricité.
Dans trente ans nous seront deux milliards de plus sur terre.
A cela correspond une demande d'électricité importante.
Pour nous, le nucléaire
ne peut pas apporter une réponse durable à ce problème
pour les raisons suivantes :
La filière électronucléaire
produit de l'énergie mais en consomme également.
Avec les riches minerais d'uranium actuellement exploités
le bilan est positif mais les réserves connues de ces
minerais seront épuisées très rapidement
(en quelques années si toute l'électricité
était produite par cette filière). Même avec
la découverte de nouveaux gisement (10 fois ceux connus)
l'échéance serait à quelques décennies.
Une solution a été
envisagée avec les réacteurs à neutrons
rapides (type superphénix) dans lesquels les chercheurs
pensaient produire plus de combustible que les réacteurs
n'en consommaient Partout dans le monde cette filière
a échoué. Le seul réacteur qui fonctionne
encore en Russie (avec de nombreuse pannes) n'a jamais produit
de combustible.
Quand aux promesses techniques
sur des concept nouveaux (réacteurs dits du futur, fusion
thermonucléaire contrôlée), elles restent
à des horizons lointains (de quelques décennies
pour les projets les plus avancés, à un futur indéterminé
de plus de cinquante ans pour la fusion).
A ces arguments techniques s'ajoutent
les arguments traditionnels qui, depuis son origine, nous font
refuser cette filière électronucléaire :
- Sa dangerosité , le risque
d'accident, l'impact sanitaire sur la population.
- Le risque de prolifération
de l'arme nucléaire, dramatiquement à l'ordre du
jour (Corée du Nord, conflit Inde-Pakistan, Irak, etc
)
- Son incapacité à
donner une solution durable pour le traitement et la gestion
des déchets.
- Son coût extravagant qui
devra être assumé en grande partie par les générations
futures et qui absorbe actuellement la majeure partie des budgets
publics de recherche.
- L'opacité, le culte du
secret et le mensonge qui entourent la filière depuis
sa mise en place sont incompatibles avec une société
démocratique.
- Le nucléaire n'est
pas la solution contre l'effet de serre
Par ailleurs nous contestons
formellement la prétention de la filière électronucléaire
à contribuer de manière significative et économique
à la lutte contre le changement climatique dans le monde
:
Le nucléaire ne peut intervenir
que sur la fraction électrique (16% aujourd'hui) de la
consommation d'énergie dans le monde. Pour simplement
éviter dans les décennies à venir la construction
de nouvelles centrales au charbon (les plus polluantes) c'est
plusieurs milliers de centrales nucléaires qu'il faudrait
mettre en service. C'est complètement irréaliste
financièrement et techniquement, sans parler des dangers
que feraient courir la gestion des déchets, la prolifération
de l'arme nucléaire et le risque d'accidents, d'attentats
ou d'actes de guerre dans des régions instables politiquement.
Pour traiter l'effet de serre
le plus simple, le plus propre, le plus sûr, le moins cher
et le plus créateur d'emplois ce sont les économies,
en particulier dans le domaine des transports.
- L'Etat et l'Europe doivent
s'engager
Aujourd'hui, l'énergie
est produite, transportée et distribuée à
l'intérieur d'un marché libéralisé.
Dans ce cadre, l'intérêt des acteurs n'est certes
pas de réduire la demande mais au contraire de la stimuler,
quitte à promouvoir des usages aberrants comme le chauffage
électrique ou l'usage des grosses cylindrées automobiles.
Seuls les gouvernements ou des
instances supranationales comme la CE peuvent mettre en place
des mécanismes et financer des institutions pour promouvoir
l'efficacité énergétique et en contrôler
les progrès.
L'Europe a su créer l'Euratom
pour promouvoir l'énergie nucléaire. Nous attendons
la fin de cet archaïsme, compte tenu du désengagement
de plus en plus de pays, et la signature d'un traité comparable
pour la promotion des négawatts et des énergies
renouvelables.
|