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Hautes-Alpes - Février 2006
COLLECTIF ANTI-OGM : Des risques certains, imprévisibles et
non-maîtrisables pour la santé et l'environnement...
La
Confédération Paysanne, ATTAC, Les Verts et Les Faucheurs
Volontaires des Hautes-Alpes viennent de créer un collectif anti-OGM
haut-alpin. Ils diffusent l'argumentaire ci-dessous...
> Des risques certains,
imprévisibles et non maîtrisables pour la santé et
l’environnement
La
prétendue absence d’impact sur la santé des
consommateurs américains, souvent mis en avant par les
promoteurs d’OGM, n’a aucun fondement scientifique, ni en
théorie ni en pratique. Il faudrait un suivi clinique individuel
et épidémiologique pour soutenir cette affirmation. Sans
aucune traçabilité ni étiquetage, aucun suivi
n’a pu être réalisé aux USA. L’impact
des OGM sur l’état de santé déplorable de la
population américaine reste à ce jour totalement inconnu.
Par contre,
le York Nutritional Laboratory, qui surveille les allergies en
Grande-Bretagne, a montré que les allergies au soja ont
augmenté de 50% entre 1998 et 1999, période qui
correspond à l’introduction de soja GM dans
l’alimentation britannique (1). En Irlande, le Dr Cullen,
vice-président de Irish Doctors, a rapporté une
augmentation des allergies au soja chez les enfants depuis
l’importation de soja GM (2). Aux Etats-Unis, depuis
l’introduction des OGM dans l’alimentation, les maladies
liées à l’alimentation ont doublé au cours
des sept dernières années (3).
De nombreuses
études scientifiques montrent qu’une nourriture à
base d’OGM peut être toxique L’équipe du Pr.
Biggiogera (Université d’Urbino, Italie) a
réalisé plusieurs études sur l’impact
sanitaire des OGM dans l’alimentation humaine et animale (4, 5 et
6). Les résultats d’une première étude
montrent qu’une alimentation à base de soja
transgénique pendant un à cinq mois, entraîne une
modification d’activités enzymatiques dans les testicules
de souris, une modification de cellules impliquées dans le
fonctionnement des testicules, ainsi qu’une forte activité
de l’ADN témoignant d’une synthèse de
protéine accrue. Une autre étude du même
laboratoire montre des effets secondaires d’une alimentation
à base de soja transgénique sur les cellules du foie
(modifications de composants du noyau de ces cellules, impliqués
dans les processus de synthèse de protéine).
En 2004, la
seule étude clinique réalisée chez l’homme a
montré un transfert du transgène epsps (résistance
aux désherbants) à la flore intestinale (7). L’ADN
transgénique franchit les barrières
spécifiques et passe de la plante aux bactéries dans
le tractus gastro-intestinal humain (8).
En 2005,
l’étude nutritionnelle du maïs MON863 qui
était restée secrète à la demande de
Monsanto, a été publiée suite à la
décision d’un tribunal allemand. Le lot de rats qui
consommait le maïs MON 863 présentait des
anomalies :
inflammation des reins, augmentation des globules blancs chez les
mâles, baisse des globules rouges et augmentation de la
glycémie chez les femelle, évoquant des pathologies de
type inflammatoire. L’explication par « une
variabilité biologique naturelle » fournie par la
firme productrice Monsanto et l’EFSA ne résiste pas
à l’analyse et nécessiterait pour le moins une
poursuite des recherches pour l’instant refusée.
Une
étude australienne récente (9) démontre que
l’expression d’un gène du haricot
inséré dans des pois GM aboutit à
l’altération de la structure protéique.
Lorsqu’elle est produite dans le pois, la protéine
déclenche une réaction immunitaire générale
inexistante avec le haricot : hypersensibilité
retardée au niveau cutané, inflammation au niveau
pulmonaire et allergies croisées aux antigènes de
l’alimentation. L’essai a été interrompu.
Des effets
non intentionnels et imprévisibles se retrouvent dans de
nombreuses variétés GM commercialisées et ont
aussi des conséquences agronomiques sur les performances des
plantes. Ainsi, la comparaison d’hybrides commerciaux de
maïs et des lignées Bt correspondantes montre une
supériorité des lignées non Bt en termes de
rendement en grain, de valeur nutritive des grains (teneur
d’azote plus élevée) et de coût
d’exploitation (23). Par ailleurs, les dix variétés
Bt testées sont plus lignifiées que les lignées
parentes non transformées (24, 25, 26). Cette augmentation de la
teneur en lignine (+33% à +97%) a été
confirmée par des chercheurs européens et canadiens sur
deux autres lignées de maïs Bt (27): Novelis (+ 28%)
et Valmont (+ 18%). Un article paru en 1999 avait déjà
mis en évidence un accroissement similaire des taux de lignine
dans le soja RR, qui se traduisait par un éclatement des tiges
en période de sécheresse et provoquait des pertes de
rendement allant jusqu’à 40% (28).
Outre
la présence de protéines allergisantes (noix du
Brésil), l’allergénicité des
protéines varie selon l’organisme qui exprime cette
protéine (voir le cas du pois ci dessus).
Diverses
études montrent que les OGM commercialisés
présente des constructions génétiques
différentes de celles intégrées à
l’origine (10, 11). Ces réarrangements
génétiques imprévisibles peuvent avoir des
conséquences dramatiques, qui ont été
révélées par le traitement des
« enfants bulle » par thérapie
génique (12). Ce traitement a permis à une dizaine de
patients de retrouver une vie normale, mais a dû être interrompu en août 2002 car trois
patients ont développé une leucémie.
L’analyse des causes a mis en évidence un remaniement
lié au caractère instable du promoteur rétroviral
ayant provoqué la réinsertion du transgène
à proximité d’un oncogène (gène de
cancérisation) qui s’est trouvé activé et a
provoqué la leucémie. Ces faits semblentconfirmer la
très grande instabilité des constructions
génétiques contenant des promoteurs rétroviraux
(13), du même type que ceux utilisés dans la grande
majorité des plantes transgéniques, et les risque qui en
découlent : brouillage du génome, expression
d’un gène jusqu’alors silencieux ou activation des
virus dormants (14, 15, 16).
Dans
l’état actuel des connaissances, ces effets non
intentionnels ne sont ni prévisibles ni évaluables
à priori. Comme pour l’amiante, la dioxine, la vache
folle, le sang contaminé, les pesticides… les
autorisations de dissémination en milieu ouvert transforment la
population en cobaye. La différence est que dans le cas des OGM,
elles sont données alors que le risque est connu.
> L’impossible coexistence :
risques avérés pour les systèmes agraires
traditionnels et de qualité
Il est maintenant acquis que le transfert
de transgènes par les pollens est inévitable, y compris
avec le maïs : le National Research Council (Conseil National
de la Recherche des USA) admet qu’
« aujourd’hui , il est impossible
d’empêcher le flux génique entre espèces
sexuellement compatibles qui habitent la même région,
parce que le pollen et les graines se dispersent trop facilement et
trop loin, pour rendre un confinement reproductif complet
praticable » (17). Les distances d’isolement
classiques (200 m) sont largement insuffisantes : le National
Research Council a déterminé qu’à un
kilomètre, le taux d’hybridation du maïs (pollen
lourd) atteint encore 0,1% (17, 18). Y. Brunet, chercheur à
Orsay a retrouvé des pollens de maïs fertile à 1800
mètres d’altitude.
En pratique,
les contaminations viennent aussi de la semence, comme cela a
été démontré pour les cultures de
betteraves (19). En Allemagne, les sols sur lesquels des semences de
betteraves GM avaient été produites l’année
précédente conservent le potentiel de contaminer les
cultures de l’année et de transformer les bactéries
du sol (20). Un rapport récent (21) montre que les lots de
semences certifiées conventionnelles vendues aux Etats-Unis sont
contaminés par des transgènes (50 à 83 % des lots
de soja et de maïs, 83
à 100% des lots de colza).
En 2004, 36% des lots de semences de maïs importés en
France étaient contaminés, ce taux dépasse 50% des
lots provenant des USA ou du Canada (22). Des cultures de soja bio sont
contaminées en France alors qu’aucun soja GM n’y est
cultivé.
En 2004, les Organismes Certificateurs ont analysés 254 produits
bio contaminés à faible taux (21). Tous ces cas montrent
qu’on ne peut s’arrêter au risque de flux de pollen
entre deux champs voisins et que l’essentiel des contaminations a
pour origine la filière semence, qui, aux dire des semenciers
eux-mêmes, ne peut pas être sécurisée en
deçà de 0,5%. Mais ce taux présenté comme
acceptable peut augmenter très rapidement lorsque le paysan
ressème une partie de sa récolte, ce que font plus de 50%
des paysans français en grande culture et les paysans bio qui
conservent des variétés locales non distribuées
par les semenciers. En Espagne, des variétés locales de
maïs bio ont été contaminées et sont
définitivement perdues. En quelques années les cultures
non OGM deviennent impossibles, comme le démontre le cas du
colza au Canada.
Avec les OGM,
les systèmes agraires traditionnels et de qualité sont
tous menacés
>
L’existence de risques non maîtrisables pour
l’environnement est aujourd’hui avérée.
L’éventuelle
diminution des achats d’insecticides ne s’accompagne
s’accompagne en fait d’une augmentation des
quantités d’insecticides disséminés dans
l’environnement. Charles Benbroock, ancien directeur de
l’EPA aux Etats-Unis, estime qu’un champ Bt en
dissémine 10 000 fois plus qu’un paysan qui traite
son champ avec du Bt par épandage.
En ce qui
concerne la culture de plantes tolérantes au Roundup®, les
problèmes environnementaux sont apparus dés 1998. En
janvier 2000, une étude de l’Université du Missouri
confirmait que l’introduction des cultures de soja RR a
provoqué une augmentation des populations fongiques de Fusarium
(29). Par la suite, ces chercheurs ont montré que les
applications de Roundup® changent la composition microbienne du
sol : ils ont observé une augmentation (50% à 500%)
du nombre de champignons pathogènes sur les racines et dans le
sol environnant les plants de soja RR (30). Une autre
conséquence est une interférence des résidus de
Roundup® (glyphosate) avec la fixation azotée chez le
trèfle, ce qui réduit la fertilité du sol et
augmente la dépendance aux engrais chimiques (31).
L’utilisation
de plantes modifiées pour résister aux herbicides
lève toute restriction à leur emploi (32). Ainsi,
l’utilisation d’herbicides a augmenté de 4,1% aux
Etats-Unis (33). De plus, comme cela était prévisible,
l’utilisation d’un herbicide total unique favorise
l’évolution de résistance à
l’herbicide
observée dans les populations de mauvaises herbes adjacentes au
Canada (33).
L’étude
britannique Farm Scale Evaluation a montré que la culture de
betterave, maïs ou colza de printemps tolérant à un
herbicide avait des effets directs sur les mauvaises herbes et
indirects sur l’abondance et la diversité des
invertébrés du sol (34, 35, 36). La culture de colza GM
d’hiver affecte les populations de détritivores
(Collemboles) qui sont augmentées et de pollinisateurs (abeilles
et papillons) qui sont diminuées. Les modifications des flores
spontanées affectent les populations d’insectes et
d’oiseaux (37).
Cette
diminution de la biodiversité a motivé le moratoire de
fait en Angleterre.
> Risques
avérés de dépendance alimentaire
Avec les lois
sur la propriété intellectuelle (COV et brevets),
l’ensemble des semences OGM appartient à une
poignée de multinationales. Qu’elles soient
françaises ou étrangères ne change rien au
problème : avec les brevets sous dépendance et
l’extension de la protection accordée par un COV aux
variétés essentiellement dérivées, la
concentration de ces entreprises aux mains
d’intérêts financiers qui n’ont aucune attache
géographique ne peut qu’augmenter. Le risque non
maîtrisable de contamination de l’ensemble des cultures
menace toute alternative. C’est donc le droit à
l’alimentation et au libre choix de sa qualité qui est
confisqué par ces intérêts financiers.
En autorisant
les cultures d’OGM, la France perdra sa souveraineté
alimentaire, base essentielle de sa souveraineté politique.
> Les
évaluations camouflent les risques et ignorent les alternatives
Même au
niveau agronomique, les alternatives (agriculture biologique,
contrôle biologique) existent. Une étude américaine
récente (38) compare les résultats obtenus pendant
vingt-deux ans par un système de production conventionnel et
deux systèmes biologiques.
Après la période de transition à
l’Agriculture Biologique, les rendements de maïs, soja,
avoine et blé sont statistiquement équivalents. Si
l’on ne considère que les années de
sécheresse, les rendements de maïs bio sont même
statistiquement supérieurs. La matière organique et
l’azote du sol sont plus élevés dans les
systèmes biologiques, sans que les taux de pertes d’azote
ne soient supérieurs. Les apports d’énergie fossile
sont de 30% inférieur au système conventionnel.
Même sur un plan productif, l’agriculture
mécanisée intensive ne surpasse pas les méthodes
alternatives, alors qu’elle participe à aggraver
l’effet de serre, la pollution de l’environnement et de
l’alimentation dont le prix social en termes de catastrophes
climatiques et de pathologies (cancer, Parkinson,
dérèglement hormonal) est énorme.
Le seul
avantage des OGM est la concentration des profits entre les mains
d’une poignée de multinationales.
> Le seul choix
économique raisonnable: rejoindre une Europe sans OGM
L’Europe
constitue aujourd’hui un immense marché qui ne veut pas
d’OGM et demande de plus en plus de produits de qualité et
biologiques. Prendre le risque de perdre ce marché pour
développer quelques hectares de productions transgéniques
de bas de gamme est une erreur économique majeure : tous
les grands distributeurs l’ont compris et offrent des produits
sans OGM.
Aujourd’hui,
il est évident que le choix de légaliser des cultures OGM
et, notamment le maïs, pour des résultats
aléatoires qui ne répondront que momentanément aux
revendications sectorielles des semenciers ou des fabricants
d’aliment fragiliserait de nombreuses filières à
forte valeur ajoutée (foie gras, volailles grasses, jeunes
bovins dirigés vers l’Italie et l’Espagne, maïs
doux, semoules, amidons et dérivés, AOC, labels,
productions biologiques, …).
Le risque de détournement des consommateurs ou des clients de
ces filières par manque de confiance est évident (CF
sondage BVA 27/01/2006 85% des français souhaitent que les
labels qualité – label rouge, AOC, bio – restent
strictement sans OGM). Si la France accepte de prendre le risque de
contaminer l’ensemble de ses cultures, les distributeurs iront se
fournir dans les pays qui ont fait le choix de sécuriser leur
agriculture en refusant les cultures OGM.
En suivant les
décisions suisses, grecques, autrichiennes, roumaines,
polonaises, italiennes et le moratoire de fait anglais, un choix
français clair emportera avec certitude une Europe sans OGM.
>
LE SEUL CHOIX POLITIQUE : UN MORATOIRE ET LA RESPONSABILITÉ
DES FIRMES SEMENCIÈRES
Le projet de
loi proposé par le gouvernement exonère totalement les
firmes productrices d’OGM de toute responsabilité. La
faiblesse de l’indemnisation proposée par le projet de loi
qui ignore toutes les contaminations par les semences, par les flux de
pollen et de graines sur de longues distances ou par les sols, ainsi
que tous les dommages de perte de fond (variétés locales,
sols contaminés…) ou de notoriété, incitera
les paysans à les camoufler et à aggraver ainsi la
contamination des filières.
La
responsabilité des élus politiques qui voteraient un tel
projet de loi serait totale et ne pourrait pas s’abriter
derrière l’ignorance des risques
L’article
23 de la 2001/18/CE permet à chaque état européen
de refuser la commercialisation sur son territoire d’OGM
lorsqu’il y a des éléments prouvant des risques
pour la santé ou l’environnement, même si ces OGM
sont autorisés par la Communauté Européenne. Cet
article doit être traduit dans la loi française. Les
risques des OGM sur la santé sont connus et dans
l’état actuel des connaissances sont inévaluables
à priori. Les risques sur l’environnement et les
systèmes agraires traditionnels de qualité
plébiscités par les consommateurs européens sont
certains. Quel que soit l’avis de l’OMC et tout comme cela
a été réalisé pour le bœuf aux
hormones, ces risques justifient un moratoire sur l’ensemble des
cultures d’OGM.
Même en l’absence de cultures OGM sur le territoire, les
contaminations gagnent par les importations.
La loi doit faire porter la totalité de la responsabilité
des conséquences des contaminations, ou d’autres accidents
pouvant suivre la dissémination d’OGM, par les firmes qui
les produisent et les importent. Elle doit aussi interdire la
commercialisation de toute semence contaminée au-delà du
seuil de détection et rendre obligatoire
l’étiquetage des produits d’animaux ayant
consommé des OGM. Elle doit enfin s’appuyer sur, et
reconnaître, les décisions des collectivités
territoriales qui veulent que leur territoire reste libre d’OGM.
Contact Collectif Anti-OGM 05 :
Vanessa
PICARD
Confédération Paysanne des Hautes Alpes - ADEAR
27, rue Colonel Roux
05000 GAP
Tél / fax : 04 92 51 96 30
mail : conf-paysanne05@wanadoo.fr
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