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Gap, le 8 mars 2005
> Journée des Femmes : intervention de Marie Bouchez (débat au Conseil Général des Hautes-Alpes, organisé avec le CIDF et le GRAIFF)


Il y a 23 ans, était officialisée en France, par le gouvernement Mauroy et sous la houlette de Yvette Roudy,  la journée internationale des Femmes.

Elue Conseillère régionale Provence Alpes Côte d’Azur, depuis un peu moins d’un an, je suis heureuse de représenter la Région pour ce 8 mars 2005 et de participer avec vous à sa réussite.

Mais avant je voulais que nous ayons une pensée pour nos amis Florence Aubenas, son guide Hussein Hannoun, pour Ingrid Betancourt, pour sa co-listière enlevée avec elle et  pour toute celles et ceux qui sont pris en otages, violentés, violés, déplacés par la folie des uns et la violence des autres.

Je vais vous décliner de façon quelque peu officielle mais c’est le moment réservé à cet exercice, ce que la Région met en place comme politique en faveur des femmes. Je souhaite que nous puissions dans les mois qui viennent, rencontrer sur notre territoire ma collègue et amie Sylvie Guérin, conseillère régionale déléguée aux droits des femmes, afin qu’elle puisse apprécier et accompagner plus encore le dynamisme des actrices et acteurs de cette aventure de l’égalité des droits.


La politique régionale en faveur des femmes


Les axes engagés

1 - Accompagner et soutenir les initiatives publiques et associatives pour l'action en faveur des femmes : renforcement des partenariats régionaux

  • Avec le Groupement Régional pour l’Action et l’Information des Femmes et des Familles (GRAIFF), centre ressource au service de la Région Provence Alpes Côte d’Azur et des associations régionales. Le GRAIFF est un relais régional en termes d’information, de réflexion, d’accompagnement des associations dans l’élaboration de leurs projets, d’actions de formation. Il développe également un réseau de réflexion régional sur les thématiques développées dans le cadre du contrat de plan État Région.

  • Avec le Centre Régional pour l’Information sur les Droits des Femmes (CRIDF) et le réseau des 8 Centres [départementaux] pour l’Information sur les Droits des Femmes (CIDF) :
    • Après la signature, le 8 mars 2004, d’une convention pluriannuelle avec le CRIDF, la Région soumettra le 18 mars prochain au vote des élus une convention avec l’ensemble des CIDF intervenant sur le territoire régional. L’objectif de cette nouvelle convention est d’affirmer notre volonté de partenariat avec le réseau des CIDF pour garantir, sur l’ensemble des départements, l’accès à l’information et l’accompagnement des femmes victimes de violence ou de discrimination.


2. Placer l'égalité femmes-hommes au coeur des politiques publiques de l'État et de la Région : renforcement du partenariat dans le cadre du contrat de plan État - Région Provence-Alpes-Côte d'Azur

  • Le contrat de plan signé entre l’État et la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur est unique et exemplaire en matière d’égalité femmes-hommes :
    • Il aborde la question de l’égalité en amont de toutes les politiques contractuelles développées.
    • En janvier dernier, le partenariat a été renforcé en matière d’emploi et de formation autour de plusieurs axes : la diversification des choix professionnels pour les filles, la diversification des filières de formation en apprentissage, l’accompagnement à la création d’entreprise.
    • Les prix de l’apprentissage au féminin et de la vocation scientifique seront renforcés à travers d’une convention régionale pour la promotion de l’égalité des chances entre filles et garçons dans le système éducatif. Cette convention élaborée en partenariat entre l’Etat, la Région et les rectorats de Nice et d’Aix-Marseille est en cours de réalisation. Elle vise à valoriser et promouvoir, dans les établissements scolaires, des actions autour des métiers au féminin et du respect mutuel.


Les objectifs de la politique régionale


Les actions déjà engagées par la Région illustrent ces 4 objectifs :

-    assurer une couverture homogène du territoire des six départements de la Région, garante d’une égalité d’accès à l’information et à l’accompagnement des femmes victimes de violence ou de discrimination, avec une attention particulière pour les zones rurales ou montagneuses trop souvent oubliées,

-    assurer une complémentarité des actions à travers le maillage territorial dans un souci d’efficacité,

-    soutenir les actions innovantes qui correspondent à des besoins spécifiques des territoires repérés dans le cadre des PACTEs (PACtes Territoriaux pour l’Emploi) développés par la Région, des conseils de développement, les réseaux "Politique de la Ville"… 

-    Promouvoir l’approche intégrée "genre" dans l'action du Conseil régional par la prise en compte de l’égalité femmes/hommes en amont de nos politiques et de nos actions régionales. Le Plan Régional pour l'Emploi voté en octobre 2004  a déjà pris en compte cette approche "genre" en intégrant l’axe égalité en amont de ses dispositifs.


Les actions régionales autour de la journée internationale des femmes


Afin  d’affirmer la volonté politique de Michel Vauzelle de conduire une politique ambitieuse en faveur de l‘égalité, ce mois de mars est l’occasion de rendre hommage aux femmes mais aussi aux associations qui militent depuis des années auprès d’elles sur l'ensemble du territoire régional. Nous avons ainsi voulu développer des actions dans chaque département.

  • Ce programme d'actions a été engagé par Michel Vauzelle à l’inauguration de l’exposition "D. comme découvreuses" à l’Agora des Sciences à Marseille. Cette exposition organisée par le GRAIFF se poursuivra tout au long du mois de mars et sera ponctuée de débats, d’animations pour le public scolaire et de journées thématiques de réflexion.

  • Des manifestations sont organisées dans chacune des antennes départementales de la Région avec l’appui technique du GRAIFF et en collaboration avec les Centres d’Information sur les Droits des Femmes. Expositions, débats, conférences sur des thèmes aussi variés que l’emploi, la lutte contre les violences, les femmes dans le monde rural... seront autant de moments qui permettront de faire le point sur la situation des femmes.

  • Le 30 mars clôturera ce mois régional des femmes par la signature de la convention avec le CRIDF et le réseau des huit CIDF départementaux à l’Hôtel de Région.


Cette journée, cette rencontre, ce partage d’histoire, de lutte et de projets pour un avenir commun, responsable et durablement humain, sont des moments que nous nous devons de renouveler.




> Etat des lieux des droits des femmes : les combats du passé pour quel avenir ?
   
En faisant quelques recherches pour préparer ce débat, j’ai ressenti de profonds sentiments de reconnaissance, de fierté pour ces femmes qui ont milité, ont combattu pour que l’autonomie soit pensée et écrite au féminin, mais aussi pour ces hommes qui ont apporté leur soutien et ont participé à la lutte en faveur de l’égalité des droits pour la construction d’une communauté de destin.

Petit historique choisi, qui se veut juste introductif :

En 1789, les femmes revendiquaient : le droit à l’instruction primaire, le droit au travail, la protection de la loi pour les femmes abandonnées ou filles mères, le droit à la santé (à des sages-femmes expérimentées), le droit au divorce et le droit à la citoyenneté. Peu de choses sont gardées par la convention et ce peu de choses est balayé par le code Napoléon qui est une  catastrophe pour les femmes.

Les luttes féministes du 19ème  et du 20ème siècle ont permis quelques avancées législatives en France. Je vous en cite quelques unes :

  • 1838 : 1ère école normale de filles.
  • 1850 : Loi Falloux qui rend obligatoire la création d’une école de filles dans toute commune de plus de 800 habitants.
  • 1884 : rétablissement du divorce avec une nuance sans nuance : l’adultère de l’épouse est réprimandé par de la prison, celui du mari par une amende.
  • 1892 : la journée de travail féminin est limitée à 10h.
  • 1907 : l’épouse peut disposer de son salaire.
  • 1917 : la femme peut être tutrice et participer au conseil de famille.
  • 1920 : la femme peut adhérer à un syndicat sans l’autorisation de son mari.
  • 1920 : équivalence entre baccalauréat féminin et masculin.
  • 1936 : 4 femmes deviennent sous-secrétaires d’Etat.
  • 1938 : la femme mariée n’est plus incapable civile, elle peut en effet avoir une carte d’identité et un passeport, ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de l’époux, le mari garde comme prérogatives la fixation de la résidence, l’opposition à l’exercice d’une profession (aboli en 1965) et l’exercice de l’autorité parentale.
  • 1944 : ordonnance prévoyant le vote des femmes, elles voteront en 1945 lors d’élections municipales.
  • 1946 : fin de la notion de salaire féminin.
  • 1955 : entrée en vigueur pour la France de la convention de l’organisation internationale du travail sur l’égalité de rémunération de 1951.
  • 1967 : loi Neuwirth autorisant la contraception.
  • 1970 : l’autorité paternelle devient parentale
  • 1971 : manifeste de 343 femmes pour un avortement libre.
  • 1972 : loi sur l’égalité des salaires.
  • 1974 : remboursement des frais relatifs à la contraception.
  • 1975 : légalisation de l’avortement (définitivement en 1980) et directive communautaire sur l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes.
  • 1981 : création d’un ministère des droits de la femme (Yvette Roudy)
  • 1983 : loi sur l’égalité professionnelle
  • 1985 : loi réprimant les discriminations sexistes, possibilité pour les associations de se porter partie civile.
  • 1991 : le harcèlement sexuel est un délit réprimé par la loi.
  • 1993 : meilleure protection de la femme enceinte
  • 1998 : les victimes d’une agression sexuelle (délit ou crime) ont dix ans pour porter plainte.
  • 1999 : révision de la constitution portant égal accès des hommes et des femmes aux fonctions électives et aux mandats électoraux.
  • 2000 : la pilule du lendemain est en vente libre dans les pharmacies.
 
De ces dates et des actes qui en découlent, quelques thèmes forts émergent :

  • Éducation
  • Emploi,
  • Santé, avortement, contraception, droits sociaux, lutte contre toutes les discriminations et les violences.
  • Représentation politique et citoyenne.

Une réflexion : des conquêtes tangibles, attestées, évidentes mais  à l’évidence, elles sont inachevées.

En effet, plus de femmes actives, instruites, mais aussi un chômage féminin important, voire en hausse, des salariées précaires (temps partiel, CDD) et en sous emploi. 80% des travailleurs pauvres sont des travailleuses.

Les inégalités professionnelles  (25% de différence de salaire entre les hommes et les femmes) et familiales s’incrustent (les femmes gardent le monopole des travaux domestiques..)

Les femmes ont le droit de voter, la parité a permis une représentation féminine pour certains mandats mais les femmes restent sous représentées dans les Conseils généraux (9%), à l’Assemblée Nationale (12, 3%), dans les petites communes, les conseils de développement des pays, les communautés de communes et agglomérations. Au parlement européen : plus d’un tiers des sièges sont occupés  par des femmes.

On peut noter que le nombre de femmes Maires est passé de 7,5% à 10,9% , et il n’y a qu’une seule femme présidente de Région. Il est, à ce titre, triste de penser que les partis majoritaires préfèrent payer des amendes plutôt que d’ouvrir et de faire respecter la loi sur la parité pour leur représentation.

Dans les associations, une situation identique, 74% des associations sont présidées par des hommes, y compris celles où les femmes sont les plus nombreuses.

Santé : des soucis certains car, à l’évidence, il y a remise en cause du système public de santé (accès aux soins, situation des femmes primo arrivantes et immigrées), une baisse des financements des services hospitaliers qui pratiquent l’IVG, obstacle à l’application de la loi du 4 juillet 2001, agressions et attaques de certains lobbies traditionalistes, « ordre moral »... Coupes sombres dans les subventions en faveur des associations d’information et d’éducation sur la contraception et la prévention des MST (alarme : le VIH touche aujourd’hui de plus en plus de femmes, 40.000 femmes en France).

Violence et discrimination : une statistique malheureusement parlante : 6 femmes meurent de violences domestiques chaque mois. Racisme et attaque ciblée contre la différence.

Objectifs à tenir :
  • Transmettre l’égalité, la diffuser, l’entretenir,
  • Construire du vivre ensemble sur de nouvelles bases,
  • Ouvrir l’éducation et le transfert du savoir vers cette égalité et l’application du Genre.
  • Faire preuve de vigilance, de partage, de complémentarité dans les actions à mettre en place localement et globalement.
  • Etre citoyenne du monde. Durablement !
Lutter pour l’égalité est indispensable pour l’évolution de nos sociétés, pour un monde plus juste et plus solidaire.

Ne pas oublier que  les acquis obtenus lors des luttes féministes ont permis de faire avancer le droit social pour nous tous.

Il est absolument vital que toutes les femmes s’engagent dans les rouages de nos sociétés et qu’elles le fassent savoir.

                           
Marie Bouchez

Conseillère Régionale Verte en Région PACA



 

 

 

 

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